Théâtre

Pour le plaisir de guincher avec le TAFthéâtre dans les Légendes de la forêt viennoise

08 avril 2011 | PAR Christophe Candoni

Au fond de la Cartoucherie, en face du Théâtre de la Tempête, le TAFthéâtre investit un hangar de répétition transformé en guinguette dans l’esprit début de siècle pour donner un grand et beau spectacle, une version originale et inspirée des « Légendes de la forêt viennoise » d’Odon Von Horvath. La mise en scène est de Alexandre Zloto, présent hier soir alors que le spectacle se joue depuis presque un mois, c’est suffisamment rare pour être souligner. Les représentations se poursuivent jusqu’au 17 avril. Tout l’esprit du Théâtre du Soleil et d’Ariane Mnouchkine qui les accueillent est là : ces artistes présentent un vrai travail de troupe et c’est beau à voir. Ils signent un spectacle festif, engagé et populaire, politique et poétique, qui réfléchit sur l’humain.

« Légendes de la forêt viennoise » a été monté à Berlin en 1931 et fut un succès (l’auteur reçu l’honorifique prix Kleist) contesté car il véhiculait une image peu flatteuse de l’Autriche. Alexandre Zloto a choisi de conserver le cadre historique pour monter la pièce dans son jus avec une riche invention et de multiples trouvailles. Le décor ingénieusement conçu et manipulé pour faire exister les nombreux lieux de l’action ainsi que les costumes rétro rappellent les charmantes lithographies d’antan : on voit la rue des petits commerçants, les baigneurs du dimanche, l’érotisme léger du cabaret… Et puis, un très bon accompagnement musical mêle grands airs lyriques, valses viennoises de Strauss et jazz zazou. En arrière-plan, l’Europe des années 20-30 est marquée par la crise, la montée du nazisme, la progression du racisme et des nationalismes, l’éminence de la guerre. Tout cela est bien lisible dans son travail, pourtant Alexandre Zloto n’assombrit pas excessivement la pièce, elle est de toutes façons dramatique, et fait naître aussi le rire, la naïveté, la légèreté à côté du drame sans édulcorer le propos.

Marianne (Julie Autissier, petit bout de femme, toute frêle, douce et forte, déchirante) croit en l’amour plus qu’en un prétendu honneur prôné par une bourgeoisie mesquine et bête. Son père veut la marier au voisin boucher, Oscar (Yann Policar, benêt comme il faut sans méchanceté) mais elle lui préfère le bel Alfred (Franck Chevallay, séducteur voyou) avec qui elle s’enfuit au cours d’un pique-nique en forêt. L’avenir lui est terriblement cruel, abandonnée par son amant et lâchée par des individus qui pensent avoir le monopole de la morale au nom d’une religion qui exclue et condamne mais qui n’ont aucun scrupule. Elle suit une existence de misère, est obligée de se séparer de son enfant, devient danseuse nue dans un cabaret, fait de la prison pour vol.

Les acteurs jouent tous avec vivacité et générosité, c’est un peu outré parfois, à d’autres moments d’une grande justesse, certains passages devraient être quand même resserrés. En plus, les artistes prennent en compte le public, jouent avec lui, avant que la pièce débute, on peut manger et boire dans le décor, sur les grandes tables rondes de la guinguette, puis à l’entracte, les comédiens s’improvisent serveurs ou clients tout en conservant leur personnage et pour finir entrainent les spectateurs volontaires et amusés dans une farandole réjouissante sur la marche de Radeski. Un plaisir de théâtre.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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