BD
« Dans les Forêts de Sibérie », cinquième version d’une même histoire

« Dans les Forêts de Sibérie », cinquième version d’une même histoire

10 février 2020 | PAR Laetitia Larralde

Adapté du roman éponyme de Sylvain Tesson, l’album de Virgile Dubreuil survole les quelques mois d’ermitage du géographe. Une bande dessinée qui peine à captiver.

De février à juillet 2010, Sylvain Tesson s’est installé dans une cabane sur les bords du lac Baïkal, au cœur d’une clairière de cèdres, dans une réserve naturelle. Arrivé avec une réserve de vodka, de cigares, de livres et de sauce piquante, il s’installe dans son ermitage. Coupé du monde, au milieu de la neige de Sibérie, son existence n’est dirigée que par lui-même, ses besoins vitaux et ses pensées. On se rend compte que bien qu’isolé il n’est pas seul, et la présence de ses voisins russes, à plusieurs heures de marche malgré tout, est plus palpable que celle de son voisin de palier en ville. On touche du doigt ici la question de l’espace intime, qui augmente au fur et à mesure que la densité de population diminue.

Nul besoin de présenter l’histoire de Sylvain Tesson, Prix Médicis 2011. Roman à succès assorti d’un documentaire, il a déjà fait l’objet d’une adaptation en film et récemment en pièce de théâtre. On peut se demander si une version en bande dessinée était alors réellement adaptée à la retranscription de l’aventure, si ce n’est nécessaire.
Le dessin très classique, aux contours très marqués, gagnerait à plus de légèreté. Représenter les paysages de Sibérie et la neige, sa blancheur aveuglante et changeante, nécessiterait un dessin plus en nuances, plus doux. De plus, la notion du temps est trop marquée, scandant chaque page avec chaque entrée du journal intime. On aurait aimé ressentir la distorsion des sensations, le changement inévitable du rapport au passage du temps quand on vit en retrait de la société.

L’adaptation de Virgile Dubreuil est une sorte de mise en bouche qui donne envie de lire le roman, à la recherche de la profondeur qui manque un peu ici. On aurait préféré, plus qu’une simple énumération des jours, que l’on s’attarde sur l’un des thèmes évoqués ici, comme la solitude, la vie en marge de la société, ou encore la notion du temps.
Après le roman, le documentaire, le film, le théâtre et la BD, quelle sera la prochaine adaptation ? Dessin animé, série télé ou comédie musicale ?

Dans les forêts de Sibérie, de Virgile Dubreuil
D’après le récit de Sylvain Tesson
Casterman

Visuels : © Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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