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A Défaut d’Amérique : Carole Zalberg dresse le portrait de trois femmes pionnières

A Défaut d’Amérique : Carole Zalberg dresse le portrait de trois femmes pionnières

04 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

« A défaut d’Amérique » de Carole Zalberg fait partie de la prestigieuse sélection de la rentrée de janvier d’Actes Sud. L’auteure de « La mère horizontale » (Albin Michel, 2008, voire notre critique) et de « Et qu’on m’emporte » (Albin Michel, 2009) continue à interroger le passé des femmes d’une famille hantée. Cette fois-ci, c’est l’arrière-grand-mère, Adèle, juivbe polonaise arrivée en France dans l’Entre-deux-guerres  qui est au cœur de l’intrigue. Un beau livre où Zalberg exerce encore toute sa finesse. En librairies le 1ier février 2012.

Lorsque l’énergique et élégante Adèle meurt, les deux plus jeunes femmes présentes à l’enterrement sont très différentes : l’arrière-petite fille, Fleur, qui dans ce lire reste muette et effacée. Et puis la fille du soldat américain qu’Adèle aurait pu aimer, à la Libération, si elle n’avait pas déjà eu une famille à charge. C’est cette fille américaine, Suzan, une  avocate intelligente, divorcée, sans enfant et grandie dans un cadre luxueux, qui est entrée en contact avec Adèle quelques mois plus tôt. A la mort de sa mère, la discrète Lisa, elle a en effet décidé de sauver son père, Stanley, en retrouvant pour lui le seul « béguin » de sa vie avant qu’il fonde son foyer américain. Adèle est venue le voir à New-York, et, malgré les rides, le couple s’est retrouvé. Mais malgré son goût pour l’Anglais pour l’Amérique et pour la vie dorée de Stanley, ADèle est repartie en France. Stanley ne s’en est pas remis et est mort peu après. Orpheline, Suzan décide alors de laisser de côté sa carrière pour se demander ce qu’elle laissera derrière-elle quand elle aussi mourra. Pour ce faire, elle se tourne vers l’héroïne de la famille : sa soeur de sa mère, qui a été députée et s’est battue, avec succès, contre la ségrégation raciale.

Entre la Pologne, Paris, New-York, la Californie et l’Afrique du Sud, Carole Zalberg dresse une fresque tendre et perçante, où des femmes très différentes se font écho. Toujours, la question de la descendance; et toujours, celle des compromis qu’on a pu leur demander pour arracher un peu de bonheur tranquille. Bien construit, émouvant et amenant ce personnage américain  prodigue qu’est Suzan « A défaut d’Amérique » est, malgré les ombres du passé, un roman apaisé et apaisant. Un bilan de mi-parcours riche et douloureux, mais encore plein d’espoir à l’heure où tout n’est pas encore joué.

Carole Zalberg, « A Défaut d’Amérique », Actes Sud, 224 p., 18.50 euros.

« Adèle, je m’appelle Adèle. Elle avait dit cela sans rougir, en haussant un peu le menton et Stanley était tombé amoureux. quelques minutes encore, il allait croire qu’elle était libre. », p. 167

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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