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Week-end du fantastique de Strasbourg : l’hommage à Philippe Nahon

Week-end du fantastique de Strasbourg : l’hommage à Philippe Nahon

21 septembre 2020 | PAR Simon Théodore

Durant le premier week-end du fantastique de Strasbourg, un hommage était rendu au comédien Philippe Nahon, ami du FEFFS et décédé en avril dernier. Beaucoup ont alors pu (re)découvrir cet acteur incontournable du cinéma français, notamment lors de ses prestations derrière la caméra de Gaspard Noé.

Né le 24 décembre 1938 à Paris, Philippe Nahon était un acteur français à la « gueule patibulaire ». Après des débuts au théâtre et dans quelques séries télévisées, il rencontre Gaspard Noé en 1991 qui lui offre un rôle dans le diptyque Carne (1991) et Seul Contre Tous. À partir de ce moment-là, sa voix, son physique charismatique et son talent lui ont permis d’incarner des personnages importants du cinéma français en tournant avec des réalisateurs comme Mathieu Kassovitz ou Jacques Audiard. Le 19 avril 2020, à la suite d’une longue maladie aggravée par le Covid-19, il s’est éteint à la capitale à l’âge de 81 ans. Accompagnateur du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg depuis sa première édition, un hommage lui a été rendu lors du premier week-end fantastique avec la projection de quatre films : Seul Contre Tous (1998), Haute Tension de Alexandre Aja (2003), Calvaire de Fabrice du Welz (2004) et la version de remontée de Irréversible de Gaspard Noé.

Dans le premier long-métrage du réalisateur belge Fabrice du Welz, il a tenu la réplique à Laurent Lucas, interprétant un chanteur de charme prisonnier d’un bourreau dans un petit village des Ardennes. Bien qu’il ait incarné le tueur dans Haute Tension, aux côtés de Cécile de France et Maïwenn, la beauté et le talent de l’acteur se révèlent, quinze ans auparavant, dans le premier long métrage de Gaspard Noé, Seul Contre Tous. Prenant la peau d’un ancien boucher, marginalisé après un court passage en prison, il interprète un personnage remplit de haine et de désespoir. Sombre, violent, mais aussi social, ce film s’avère être également une plongée dans une France qui voit la montée du racisme au sein de la classe populaire et ouvrière. Dès ce premier essai, Gaspard Noé dévoile sa patte artistique, unique et parfois provocatrice. « Vous avez trente secondes pour abandonner la projection » annonce le message avant le final où ce père retrouve sa fille et partage avec le spectateur, en voix off, les pensées troubles qui l’animent à son égard. Cette dernière scène s’avère d’une rare intensité et quelque peu perturbante…

Dans un rôle plus discret, Philippe Nahon a également joué dans le fameux Irréversible (2002). Probablement l’un des films les plus controversé de Gaspar Noé, il tenait à ouvrir son film avec cette figure emblématique du septième art hexagonal. Dans ce projet ambitieux, où le sexe et la violence sont le fil conducteur, Monica Bellucci, Vincent Cassel et Albert Dupontel forment un trio d’une incroyable efficacité et complicité. Présenté dans une version montée dans l’ordre chronologique des événements, il s’agit plus d’un nouveau film que d’une nouvelle version, parfois choquante et suscitant le débat. Filmée par de longs plans séquence, chaque scène se vit intensément. Vincent Cassel y incarne la haine et le désir de vengeance. L’histoire du cinéma français a également retenu la scène où le personnage d’Alex se fait violer durant d’atroces et longues minutes. Parfois oublié par le temps, Albert Dupontel devient aussi méconnaissable lors de la scène finale, d’une incroyable brutalité. Dix huit ans après sa sortie dans sa version originelle, Irréversible- Inversion Intégrale est le deuxième versant d’une œuvre majeure du cinéma hexagonal.

Cet hommage à Philippe Nahon était donc l’occasion de (re)découvrir quelques films de Gaspard Noé mais, également, son nouveau projet Lux Aeterna, également présenté à Cannes en 2019. Les deux hommes se connaissaient bien et étaient proches. En marge de cet hommage en salle, les mots du cinéaste français, publiés sur le site du festival comme un ultime épilogue de leur relation, dévoilent l’humanité qu’il peut exister entre deux artistes au-delà de l’écran.

Visuel : © Affiche du festival / Lupin le Vorace.

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Simon Théodore

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