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« Dos au mur », la série danoise merveilleusement construite de Arte

« Dos au mur », la série danoise merveilleusement construite de Arte

04 avril 2020 | PAR Yaël Hirsch

Ayant raflé plusieurs Roberts awards au Danemark, Dos au mur (Bedrag en VO) est une série imaginée par le co-scénariste de Borgen Jeppe Gjervig Gram et qui s’inspire du scandale de blanchiment d’argent qui a touché la HSBC en 2015. Fermement ancrée autour de trois personnages, filmée dans un genre noir vénéneux irrésistible, cette série actuellement disponible sur arte.tv est magistralement construite et écrite. Elle nous fait haleter sans nous manipuler …

Tour en discrétion et en prudence, le très pâle Nicky (Esben Smed) est l’homme clé qui fait entrer le hashish du grand narco-trafiquant Marco au Danemark. Alors que le réseaux grossit et que son organisation tient sur le blanchiment de l’argent de la drogue par un bureau de change et le passage de certaines espèces dans le bar à jus qu’il tient avec son meilleur ami, Lala, dans un quartier populaire de Copenhague, il faut trouver un canal plus puissant de blanchiment … Mère de famille peu respectée par son mari et son ado, Anna (Maria Rich) voit tous ses espoirs se fracasser quand l’agence bancaire à laquelle elle a fourni 20 ans de bons et loyaux services nomme à sa tête une gentille nunuche bien plus jeune. Un souci d’affaires de son mari l’initie aux joies de la fraude et elle se lance avec tout le professionnalisme dont elle est capable dans le blanchiment, via Dubaï. Tandis que Maria et Nikki se rencontrent dans un fast-food un peu crasseux, Alf (Thomas Hwan) est un flic entièrement dédiée à la lutte anti-drogue, lui même psychologiquement fragile et drogué aux somnifères pour dormir, il parvient à convaincre les collègues que l’argent est le nerf de la guerre pour démanteler les réseaux et suit de près celui de Marco…

Tout en glissements et en suggestions dans un Copenhague noir et froid, le déroulé de l’action se poursuit sur dix épisodes qu’on ne lâche pas, sans jamais se sentier prisonnier. Ancré sur trois personnages auxquels on s’attache fortement, jamais donneur de leçon ou moralisateur, le scénario avance pas à pas, extrêmement bien documenté, psychologiquement très solide. Un travail d’orfèvre et probablement, sous des dehors austères et peu grandiloquents une des meilleures séries à voir en accès libre pendant le confinement.

Dos au mur, de Jeppe Gjervig Gram, avec Esben Smed, Maria Rich, Thomas Hwan, Danemark, 10×59 min. A voir en intégralité sur arte.tv jusqu’au 12 mai 2020.

visuel (c) Arte

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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