Essais

Tu haïras ton prochain comme toi-même : le point de vue d’Hélène L’Heuillet sur l’actualité de La Haine

Tu haïras ton prochain comme toi-même : le point de vue d’Hélène L’Heuillet sur l’actualité de La Haine

04 avril 2020 | PAR Emmanuel Niddam

Psychanalyste et Maître de Conférence à l’Université Paris Sorbonne, Hélène L’Heuillet a publié en 2017 son analyse de l’actualité de la haine, attrapée sur les deux bords saillants du Jihadisme et du Populisme.

Depuis Malaise dans la civilisation publiée par Freud en 1929…

…les psychanalystes étudient l’entremêlement des pulsions de conservation et d’autodestruction. Dites de vie et de mort, ou encore désignée sous les noms poétiques d’éros et de thanatos. Toutes ces manières d’approchées les pulsions ont des nuances, précisent des choses importantes sur le fonctionnement pulsionnel de nos esprits. Mais derrière toutes ces désignations, la haine surgit. La haine de l’autre souvent, jamais très éloignée de la haine de soi.

Populisme et Jihadisme

Sans doute Hélène l’Heuillet, de sa place de philosophe et de psychanalyste, sait elle cela bien mieux que nous. Forte de son savoir et de son expérience, elle dresse dans cet ouvrage une cartographie des points d’entrées possibles pour étudier les phénomènes haineux qui prennent un poids contemporain nouveau : le jihadisme et le populisme. Pour elle, à la croisée de ces deux routes, la haine se dresserait contre l’altérité.

Pathologie de la démocratie, dans le populisme, et pathologie de la religion, dans le jihadisme, ont en commun de viser une satisfaction sociale totale, pour laquelle toute altérité constitue une menace d’effraction.

H. L’HEUILLET, Tu haïras ton prochain comme toi-même, Albin Michel, Paris, 2017, p. 51

Prendre la totalité de la satisfaction supposerait alors la suppression de toute forme d’altérité. Ici, nous avançons l’idée que le féminin est une forme d’altérité qui affronte la haine régulièrement. De là, l’auteur nous emmène dans sa réflexion jusqu’au nihilisme auquel ces deux forment de haine mènent.

Haine et Radicalisation

Sous un autre angle, Hélène l’Heuillet nous confie également son point de vue sur le terme très en vogue de radicalisation :

On dit toujours, depuis Platon, que la violence surgit dans le refus du langage, mais la violence est aussi active contre le langage. Elle est une puissance de réduction du langage à l’impuissance. Comment cela est-il possible de la part d’êtres parlants, de « parlêtres » ? C’est qu’il s’agit de parlêtres qui témoignent de leur haine du langage, de leur refus de payer leur dette au langage qui les fait être, et ce jusqu’à la mort, personnelle et collective. Il y a un « non » dans cette radicalité, mais un « non » au langage. On peut appeler nihiliste ce rapport au langage dans la mesure où il est, au sens strict, un désaveu du langage. Et c’est là que réside, si l’on peut dire, la racine de la radicalité. 

H. L’HEUILLET, Tu haïras ton prochain comme toi-même, Albin Michel, Paris, 2017, p. 99

Ici, l’auteur nous donne sa vision de la filiation de la radicalité, celle du « non » qui n’est pas adressé dans le langage, mais qui s’oppose à l’œuvre langagière.

Sur la question de l’actualité de la haine, Tu haïras ton prochain comme toi-même ouvre des chemins de réflexion qui méritent d’être arpentés.

 

 

Hélène L’HEUILLET, Tu haïras ton prochain comme toi même, Albin Michel, Paris, 2017

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