Essais

Irène Nemirovsky et la question de la haine de soi, par Susan Rubin Suleiman

Irène Nemirovsky et la question de la haine de soi, par Susan Rubin Suleiman

12 septembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Dans un essai épais et apologétique, l’essayiste américaine Susan Rubin Suleiman revient sur la question de l’antisémitisme de Irène Némirovsky, auteure juive d’origine russe qui a connu le succès dans des revues d’extrême droite en France avant d’être arrêtée et déportée en tant que juive à Auschwitz. Alors que le succès posthume de Suite Française, prix Renaudot en 2004 a présidé au retour en grâce de Irène Némirovsky, que penser de ses romans à succès d’époque comme David Golder qui répandent des clichés antisémites?

Pour lire l’article que nous avions consacré à la question juive de Irène Némirivsky à l’occasion de l’exposition que lui consacrait le Mémorial de la Shoah en 2010, c’est ici.

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Figure paradoxale que celle d’Irène Némirovsky. Assassinée à Aschwitz avec son mari (juif aussi), elle n’en a pas moins tout fait pour refuser (conversion et lettre offusquée au maréchal Pétain que les israélites soient traités comme les juifs étrangers) et dénigrer les juifs. S’agit-il de « haine de soi » pour l’auteure du Bal qui venait d’une famille juive russe et parvenue et a grandi entre les beaux quartiers de Paris et Biarritz ? Ou était-ce une façon de surfer sur des thèmes à la mode en présentant des juifs pauvres et puants de l’est (Les chiens et les loups), des banquiers (David Golder) ou des médecins (Le maître des âmes) sans foi ni loi et prêts à tout pour « parvenir » ? L’essayiste et professeur de littérature française américaine Susan Rubin Suleiman relativise les textes et les actes anti-juifs de Némirovsky et prouve, avec un enthousiasme et une admiration non cachées pour l’auteur et avec le témoignage de ses filles, que la situation des juifs de France ayant été complexe, il y a bien des nuances de gris dans la haine que l’écrivaine vouait à des gens qu’elle aurait présenté avec dégoût, mépris et certes sens de la formule de l’époque comme « ceux de sa race ». Sans vraiment répondre au mystère Némirovsky, l’essai se scinde en deux parties : la biographie / les textes, pour livrer beaucoup d’informations sur la vie te l’œuvre de l’auteur. Un essai peut-être trop partisan pour savoir démontrer que l’ambiguïté permet de continuer à présumer l’innocence…

Susan Rubin Suleiman, La question Némirovsky, trad. Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel, 432 p., 24 euros, sortie le 1ier septembre 2017.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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