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Féminicide : un terme, des réalités et du débat

Féminicide : un terme, des réalités et du débat

08 mars 2020 | PAR Emmanuel Niddam

Dans le sillage de la vague #MeToo, les termes Femicide ou Féminicide, font entendre le genre féminin de la victime d’un homicide. Mais en lui même, le terme peut faire débat.

Féminicide : Une définition légale, puis sanitaire

Le terme femicide semble être apparu d’abord dans le droit anglais au XIXème siècle pour désigner les assassinats de femmes dans les rues des grandes villes. Plus récemment, les institutions internationales se sont accordées pour distinguer deux typologies de féminicide : le féminicide intime, mené par un proche partenaire ou parent d’un côté ; puis le féminicide non-intime, mené contre des femmes, par un tueur qui n’appartient pas à la sphère intime (OMS, 2012).

En 2012, l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC) établissait que 79% des victimes d’homicides sont du genre masculin. Mais, si les homicides tuent en majorité des hommes, dans la sphère intime ce rapport est inversé. Dans sa publication de 2012, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) révèle que plus de 35 % de tous les meurtres de femmes dans le monde seraient commis par un partenaire intime. Par comparaison, la même étude estime qu’environ 5 % seulement de tous les meurtres d’hommes sont commis par une partenaire intime.

Féminicide : L’actualité

La reconnaissance du féminicide intime est l’une des conquêtes des mouvements pour les droits, aux USA et en Europe. Diana Russel mentionne le féminicide pour la première fois en 1976, lors de la réunion du premier Tribunal International chargé des crimes contre les femmes à Bruxelles.

C’est cette catégorie de féminicide intime qui est sous la lumière des projecteurs ces dernières semaines en France, notamment par la campagne d’affichage menée dans les rues de Paris. Cette actualité n’échappe ni au pouvoir publique ni aux universitaires qui ont, conjointement, mené une série de travaux de recherches regroupés dans un ouvrage multidisciplinaire – On tue une femme – paru en avril 2019.

Féminicide : autour du monde

Dans la catégorie des féminicides non-intimes, certains prennent la forme de phénomènes de groupe. Ces expéditions nocturnes ont lieu dans plusieurs pays d’Amérique Latine : des groupes masculins enlèvent et assassinent des femmes et des jeunes filles qu’ils trouvent dans les rues. Ces expéditions ont une parenté culturelle avec les crimes d’honneurs qui font de l’Afrique le continent où le féminicide est le plus répandu, les femmes du village sont pensées comme des objets appartenant, en groupe, aux hommes.

De nombreux pays d’Amérique Latine sont touchés par une grande fréquence de ces crimes. Parmi eux, l’exemple du Mexique est d’une ampleur significative : Le Système National de Sécurité Publique du Mexique révèle dans ses chiffres annuels que 789 féminicides ont été recensés sur l’année 2018, et que ce chiffre est en augmentation. Dans d’autres pays voisins les chiffres sont écrasants également. En 2008, plus de 700 femmes ont été assassinées au Guatemala selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

Féminicide : Des réserves juridiques et terminologiques

Dans un discours prononcé devant l’ONU en 2019, le président de la République Française a employé le terme féminicide, et a souhaité que la communauté internationale donne « un statut juridique à ce sujet ».  S’en est suivi une étude parlementaire emmenée par Fiona Lazaar, vice-présidente de la délégation aux droits des femmes, qui a remis un rapport début 2020. Ce rapport a, selon le journal Le Monde, conclu que : « l’inscription en droit du terme de féminicide semble poser davantage de difficultés qu’elle n’apporterait de véritables solutions à la prise en charge des femmes victimes de violences. […] Cela se révélerait inutile, voire contre-productif ».

Malgré une intention louable des législateurs, une telle modification pourrait se retourner contre les victimes. En effet, la défense aurait la possibilité de plaider que ce n’est pas en raison du genre féminin qu’a agi le criminel, ce qui risquerait de faire tomber toute la démarche d’accusation. En conservant la terminologie d’homicide, le droit en reste au constat hors-genre, qui lui ne peut pas être dénié par la défense.

Enfin, la proximité phonique et historique avec le terme génocide n’est pas pour peu dans l’effet qu’il génère. Comme toutes les justes causes depuis les années soixante, la lutte pour la reconnaissance des violences faites aux femmes est susceptible d’offrir la tentation d’une concurrence victimaire. Il faut se satisfaire qu’à ce jour aucune voix majoritaire n’ait emprunté cette rhétorique qui ajoute de la haine à la haine.

Reste que, le signifiant féminicide, joue un rôle social nécessaire de révélateur d’une part de la réalité.

Visuel : @ABN

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Emmanuel Niddam

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