Cirque

« Static », regarder son adolescence du haut d’un mât chinois

« Static », regarder son adolescence du haut d’un mât chinois

08 mars 2020 | PAR Mathieu Dochtermann

Ce 7 mars à La Brèche pôle national cirque de Normandie, puis dans divers lieux au travers de la région du 17 au 21 mars, SPRING, le festival des nouvelles formes de cirque en Normandie, programme un spectacle de double mât chinois intitulé STATICFruit du travail du néerlandais Benjamin « Monki » Kuitenbrouwer (cie Monki Business), c’est une proposition très autobiographique, touchante pour cette raison. Mais elle est en même temps un peu ténue, à la fois sur la technique et sur la dramaturgie. Sympathique, mais pas assez de contenu.

C’est une gentille plongée, en douceur et en nostalgie un peu guimauve. On s’immerge (éventuellement) avec délice dans de vieux cartons poussiéreux, qu’on ressort du grenier des années 90. On en écoute les tubes, on joue à Super Mario, on boit du Fanta. On écoute son Walkman, on enfile à nouveau ses vieilles fringues improbablement colorées.

Ce sont les années 90 sous l’angle de l’adolescence, aussi, et donc c’est une histoire de timidité, du microcosme du bus scolaire avec sa hiérarchie des cools et des moins cools, de la fascination craintive pour l’autre sexe, des boums et du lycée.

Ces éléments qu’on imagine en bonne partie autobiographique, Benjamin Kuitenbrouwer les offre au public avec sincérité, dans une écriture un peu naïve qui a la fragilité touchante du pudique qui se confie. On a envie de l’aimer, d’applaudir aux modestes victoires qui sont pour l’adolescent de véritables conquêtes d’imaginaires Everest.

Dépassé le combo sympathie-nostalgie, qui fait efficacement mouche au début, on aimerait aussi voir une écriture physique sur l’agrès, une proposition technique qui s’inscrive dans tout cela, l’amplifie, lui donne son rythme et son souffle. Premier passage sur le double mât chinois après quelques minutes, sur la musique et les effets sonores de Super Mario : bien maîtrisé, vif, amusant. Puis le temps s’étire. Un deuxième passage, assez bref, a lieu sur la musique de Zelda – le jeune Benjamin était décidément fan de l’univers Nintendo – pour illustrer une improbable expédition sous les sièges du car scolaire. Une troisième et dernière fois, assez peu intense, pour illustrer l’emportement de l’adolescent ayant osé abordé son flirt dans une boum. Honnête, mais pas renversant, et quantitativement plutôt chiche.

Le reste du temps, le récit s’étire et patine, les enjeux sont faibles, la tension aussi. Il y a des séquences assez plaisante niveau musical, moins la musique enregistrée que celle que Benjamin Kuitenbrouwer bricole en direct, avec une tranquilité contemplative très agréable. Il y a un peu de participation du public, faite avec gentillesse, il y a une chorégraphie du Bad Touch de Bloodhound Gang perchée en haut d’un mât qui gagnerait à être écourtée. Et pas mal de longueurs.

On aimerait furieusement adhérer à tout, tant on ressent les échos candides de cette célébration du souvenir des années 90. Mais on aimerait également que ça avance un peu plus vite, qu’il y ait de la tension dans le physique et dans le jeu, on aimerait enfin ne pas se retrouver coincé dans des souvenirs idéalisés qui ne disent rien, il nous semble, de l’ici et du maintenant, des humains qui peuplent la Terre dans les années 2020. Mais le mot de la fin n’engagera pas le spectacle sur le chemin du recul et du pas de côté : « On peut écouter des vinyls et manger des chips. » Le descriptif du spectacle, pourtant, promet une prise de hauteur, de faire la part entre fascination et nostalgie morbide. Peut-être cette dimension s’est-elle perdue dans la traduction français?

Terriblement sympa. Mais il y a besoin d’y réinjecter du rythme et de la matière pour en faire quelque chose qui aille au-delà de l’anecdotique. 

 

DISTRIBUTION
Conception et Interprétation : Benjamin « Monki » Kuitenbrouwer
Assisté de : Cathrine Lundsgaard Nielsen
Regard extérieur : Lucho Smit – Galapiat Cirque
Création lumière : Carine Gérard
Costumes : Fanny Gautreau

Visuel: (c) Milan Szypura

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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