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Breaking Bad : Walter White l’éternel

Breaking Bad : Walter White l’éternel

13 octobre 2013 | PAR Yohann Marchand

Il y a deux semaines la saga Breaking Bad se clôturait sur un record d’audience, 10,3 millions de téléspectateurs U.S. Un final acclamé par les fans, la presse, et qui depuis laisse un grand vide cathodique. De là est née une certaine frustration dont Britney Spears  est devenue l’étendard. Alors que le monde pleure Walter White, le légendaire Heisenberg continue de faire des adeptes…

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(Cet article ne contient pas de spoilers)

Faîtes l’expérience, tapez #BreakingBad sur Twitter et vous verrez par vous même que Walter White continue d’obséder la toile : « Ça fait déjà 2 semaines que tu nous as quitté en nous laissant dans un profond chagrin » (@marcTHS), « Jérôme Kerviel, Better Call Sall ! » (@tomn94), « Mon prof de chimie vient de dire que nous allons vérifier la pureté de ce cristal (@MotaJuju) … Même Britney Spears s’est fendue d’un tweet pour exprimer son désarroi « J’adore cette série… Mais je n’ai pas du tout aimé la fin ! », auquel Bryan Cranston a répondu avec son habituel flegme Heisenbergien : « Tu n’es pas contente de la fin de Breaking Bad ? Ou juste triste du sort qui est réservé à Walter ? Heureux que tu ressentes de la compassion pour lui. Peut-être que je suis toujours là… » Une ode à son double maléfique Heisenberg devenu une icône de la pop culture, comme l’incarnation du monstre contemporain à visage humain qui sommeille en chacun de nous. Une interprétation dont s’est moqué Oliver Stone lors d’une conférence de presse pour sa future série documentaire L’Histoire non dite des Etats-Unis : « Je n’ai pas trop suivi cette série, mais j’ai allumé la télévision et j’ai assisté à un final ridicule. Il n’y a que dans les films que vous trouvez ce genre de violence fantaisiste. Et cela contamine la culture américaine. Les jeunes croient en cette merde ! Je ne suis pas en train de dire de ne pas montrer de violence, mais de la représenter avec authenticité. » Oliver Stone ou l’art de critiquer une série sans même l’avoir vue dans son intégralité, car Breaking Bad n’a jamais fait l’apologie du trafic de drogue et de la violence qui en découle. Bien en contraire, elle décrit le côté obscur du rêve américain en confrontant le spectateur à son affection / admiration pour ce professeur de chimie lambda qui se transforme « naturellement » en parrain de la drogue. Si Tony Soprano (James Gandolfini) nous avait attendris, Walter White nous effraie en matérialisant nos pulsions criminelles. Au point que l’on vient à se demander comment ce bon père de famille schizophrène a réussi à nous convaincre que  ses exactions étaient légitimes. La réponse est simple : grâce au talent d’écriture de Vince Gilligan et à l’interprétation viscérale de Bryan Cranston.  Et le final de Breaking Bad confirme cette équation en proposant une conclusion épique et atypique.

Vince Gilligan nous avait prévenus, du sang allait coulé dans ces 8 derniers épisodes et personne ne sortirait indemne de cette inéluctable chute du roi d’Albuquerque. Après s’être joué des codes du western moderne, Vince Gilligan s’ingénie à les détourner pour nous faire endurer une déchéance psychique insoutenable tant par son réalisme dramatique et que par sa cruauté narrative. Walter White est contraint de retirer ses habits d’Heisenberg pour dévoiler ainsi son vrai visage : un monstre perverti par son égoïsme et sa propension à avoir bâti un royaume de mensonges pour jouir d’une nouvelle vie. Walter White était et restera un looser frustré. Un simple professeur de chimie qui s’est autorisé une dernière virée après avoir été diagnostiqué d’un cancer inopérable. Un homme qui s’est inventé une nouvelle identité pour prouver au monde entier que son savoir aurait pu être d’utilité publique. Heisenberg, cet être machiavélique rongé par la colère et le mépris de soi, respecté par les criminels mais humilié au quotidien par ses proches. Walter White finit par se brûler les ailes, par avarice, par bêtise, par honneur. Lui qui se défendait de subvenir aux besoins de sa famille, abandonne en réalité un héritage ensanglanté à la gloire de sa chimérique respectabilité. Vince Gilligan confronte l’homme à ses démons et nous force à assister à son ultime transformation, synthèse parfaite entre Walter White et Heisenberg : un mort-vivant. Depuis The Shield aucune série n’était parvenue à sonder aussi profondément et avec autant de justesse la noirceur humaine. Breaking Bad est définitivement un chef-d’oeuvre télévisuel qui hante notre esprit bien au delà de son clap de fin. Bryan Cranston avait raison : Walter White existe encore, il fait à jamais partie de nous.

NDLR : Les tweets cités ont été partiellement amputés et réécrits afin d’atténuer les spoilers. 

Visuel : © affiche promotionnelle de la saison 5, partie 2 de Breaking Bad

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Yohann Marchand

One thought on “Breaking Bad : Walter White l’éternel”

Commentaire(s)

  • Ally

    Je ne pense pas que Walter White soit un looser frustré. Au contraire, au fur et à mesure de l’histoire il s’épanouit dans un domaine pour lequel il se trouve être le meilleur,et même si son personnage connaît une déchéance progressive, je pense qu’il porte tout de même un regard fier sur ce qu’il a vécu. Le looser frustré est pour moi un terme un peu trop fort pour qualifier Walter White

    février 19, 2014 at 16 h 54 min

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