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[Live report] Britten à l’honneur avec l’orchestre de Paris

[Live report] Britten à l’honneur avec l’orchestre de Paris

13 octobre 2013 | PAR La Rédaction

Britten et Beethoven, tels étaient les deux « b » au programme de l’Orchestre de Paris ce mercredi 9 octobre à Pleyel. On mentirait si l’on disait être venu à Pleyel pour entendre le concerto pour violon de Beethoven, car au menu, c’était bien Britten qui nous faisait saliver.

Le concert commençait donc par la Sinfonia da Requiem du compositeur anglais. On se souvient de la merveilleuse version de son War Requiem donnée au même endroit par ce même Orchestre de Paris en 2010, des chœurs d’une puissance rare et de la voix déchirante de la soprano Indra Thomas, placée en surplomb de l’orchestre. Ce qui frappe justement dans la Sinfonia est l’absence de chœur : pour une messe de requiem, c’est étonnant, et c’est beau. L’orchestre dispose d’un pupitre de percussions époustouflant, et celui des cuivres atteint une forme de perfection dans cette partition. Conçue en trois mouvements, l’œuvre a été composée en 1940 pendant le séjour new-yorkais de Benjamin Britten et il est difficile de ne pas rapprocher l’époque de la douleur que porte l’œuvre. On pense beaucoup à Malher, référence attendue, mais aussi à Bernard Herrmann, dans ses musiques pour Hitchcock. Le lacrymosa commence par deux coups de tonnerre, repris par les vents et cette lente marche semble être le chant désespéré d’un monde fini. Le dies irae semble plus allègre et l’accélération est saisissante : tout est entrechoqué, l’urgence est à son comble. La conclusion – requiem aeternam – nous emmène vers la sérénité dont les deux premiers mouvements nous privaient. L’interprétation de l’Orchestre de Paris est aussi émouvante que la version gravée par le compositeur avec le New Philharmonia Orchestra en 1964, c’est tout dire.

A la suite du requiem sans voix, Peter Grimes sans les voix puisque le programme se poursuivait avec les Quatre interludes marins tirés de l’opéra de Britten. Le livret de l’opéra nous conduit sur les côtes anglaises, où le pêcheur Grimes est soupçonné de faire disparaître de manière peu chrétienne ses mousses. Les interludes marins reprennent les passages orchestraux de l’opéra : Dawn, Sunday morning, Midnight et Storm. David Zinman parviennent parfaitement à nous faire planer dans l’aube naissante, et l’Orchestre donne à entendre cette douceur vénéneuse qui fait la beauté de l’opéra. On regrettera néanmoins que le dernier mouvement ressemble à une tempête au ralenti, alors que tout doit exploser ; le tempo était bien trop lent à notre goût.

Après  l’entracte, le morceau de bravoure en forme de tube.  D’une durée déjà exceptionnelle dans la plupart des enregistrements, l’interprétation de ce soir étirait encore un peu plus le temps. Nikolaj Znaider était le violon du jour. La partition réussit son petit effet et le Rondo final reste dans les têtes longtemps après la fin du concert. Znaider est irréprochable, puissant, sûr de lui sans être démonstratif, et ses solos concluant les mouvements sont efficaces. La sarabande de la 2ème partita de Bach en bis nous ramenait à l’esprit du début de programme. Une soirée heureuse, même dans ses moments sombres.

Mathieu Orsi

Visuel : (c) www.orchestredeparis.com

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