Cinema

Maudits artistes névrosés : Philip Seymour Hoffman nous quitte

Maudits artistes névrosés : Philip Seymour Hoffman nous quitte

03 février 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Pourquoi ? Pourquoi faut-il toujours qu’ils fassent des histoires et nous amènent à pleurer dans la vraie vie ? Au cinéma, ça ne leur suffit pas ? Si l’on parle ainsi, c’est que Philip Seymour Hoffman était de ceux qui savent tout faire devant une caméra. Et on l’aimait beaucoup. Et on est très tristes de le voir quitter le paysage artistique à 46 ans, des suites, il semble, d’une overdose d’héroïne. Maudites addictions.

Prenez un acteur. Faites-lui jouer un homosexuel frustré, compagnon de route d’une équipe de cinéma pornographique (Boogie nights, Paul Thomas Anderson, 1998). Puis un citoyen modèle atrocement frustré encore, versant dans la perversion (Happiness, Todd Solondz, 1998). Puis un professeur de lettres troublé, tout au long d’une folle nuit, par une de ses jeunes élèves, donc frustré également (La 25ème heure, Spike Lee, 2003).

Histoire de changer, mettez-le dans un rôle de travesti adepte du chant (Personne n’est parfait(e) , Joel Schumacher, 2000). De journaliste rock déchaîné (Presque célèbre, Cameron Crowe, 2001). D’animateur de radio subversive (Good morning England, Richard Curtis, 2009).

Un jour, ça y est, il avale l’affiche. Donnez-lui alors à jouer un célèbre écrivain adepte de faits divers (Truman Capote, Bennett Miller, 2006). Puis donnez-lui un Oscar. Et permettez-lui d’incarner le fondateur de l’Eglise de Scientologie en personne (The Master, Paul Thomas Anderson, 2013).

On n’en revient pas, Philip. Après tout ça, pourquoi s’arrêter là ? Il restait tant à faire. Pourquoi vous partez toujours au meilleur moment, vous, les artistes ? Pourquoi ce sont les meilleurs qui s’en vont en premier ?

Il semble que ce soit une overdose d’héroïne, substance pour laquelle l’acteur avait une addiction, qui l’ait emporté. Qu’elle soit maudite : elle nous prive d’un grand talent. A voir les titres cités –et il en manque- vous pourrez constater que Philip Seymour Hoffman travaillait beaucoup. Et qu’il mettait beaucoup de lui-même dans ses rôles… Il avait joué, au théâtre, La Mouette  de Tchekhov en 2001, Long voyage du jour à la nuit  d’Eugene O’Neill en 2003, et Mort d’un commis voyageur il y a deux ans : beaucoup de tristesse pour un seul homme…

Souvenons-nous de lui en chaleureux, brave et charismatique garde-malade dans Magnolia, le chef-d’œuvre absolu de Paul Thomas Anderson. Le genre de figures totalement communes a priori, dont il était capable de faire des héros. La scène de la commande à la supérette revient en tête… Regardez Magnolia. Et versez donc une larme pour Philip Seymour Hoffman.

Visuels:

Good morning England, 2009 © StudioCanal

Truman Capote, 2006 © Gaumont Columbia Tristar Films

The Master, 2013 © Metropolitan FilmExport

Magnolia, 2000 © Metropolitan FilmExport

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

One thought on “Maudits artistes névrosés : Philip Seymour Hoffman nous quitte”

Commentaire(s)

  • Yaël Hirsch
    yael

    oui, bien triste. On l’avait aussi adoré dans le dernier film de Lumet, 7h58…

    février 3, 2014 at 3 h 15 min

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