Théâtre

Long voyage du jour à la nuit, les fantômes d’Eugène O’Neill hantent la Colline

16 mars 2011 | PAR Christophe Candoni

Célie Pauthe met en scène « Long voyage du jour à la nuit » d’Eugène O’Neill, peut-être la pièce la plus complexe et la plus personnelle de l’auteur américain tant il s’y livre intimement.  Le dramaturge souhaitait une parution post mortem de son texte qu’il ne voulait pas voir représenté en scène. Cette nouvelle version non sans défaut a l’immense qualité de réunir une distribution de choix : Valérie Dréville, Philippe Duclos, Alain Libolt, Pierre Baux sont les interprètes justes, intenses, profonds de ce drame difficile. Ce long voyage est une traversée vertigineuse dans un lourd passé, chargé de peines, impossible à oublier.

Appréhender l’oeuvre d’un auteur par sa biographie est souvent une approche facilement réductrice mais elle fonctionne pour cette pièce qui porte la trace d’une mémoire vive et douloureuse, celle de O’Neill lui-même qui, à travers le personnage d’Edmund Tyrone met en scène ses souvenirs familiaux et les coups durs de sa propre vie : la maladie, la tuberculose dont il est atteint, le père (Alain Libolt) grand comédien reconnu mais homme faible et pingre, la mère (Valérie Dréville), femme dépendante à la morphine qu’elle justifie par des rhumatismes aux mains, le frère, James (Pierre Baux), rebelle et autodestructeur, et l’autre frère, celui qu’il n’a pas connu, mort deux ans avant sa naissance et dont il prend l’identité.

Atmosphère nocturne et froide, celle d’une petite chambre d’hôtel obscurcie  dans laquelle les acteurs entrent, surgissent, s’installent, errent comme des apparitions. Le décor de Guillaume Delaveau construit dans une boîte surélevée est un peu un refuge anonyme, le lieu d’une hypothétique et impossible tranquillité pour Edmund jeune, qui prend ici les traits vieillissants et vulnérables de Philippe Duclos (qui pourraient aussi être ceux d’Eugène O’Neill). L’acteur, le corps long et maigre en caleçon et maillot blancs,  est toujours d’une extrême délicatesse, d’abord silencieux, étrange, puis les nerfs à vif dans une confrontation magistrale avec son paternel, la plus belle scène de la pièce. Valérie Dréville est impressionnante. Son jeu est nuancé et décrit parfaitement l’état instable du personnage très complexe, acariâtre, lunatique, qui touche par moment à la folie, en perpétuel dénie de la réalité, intoxiqué, apportant à son enfant un amour envahissant, insupportable.

Célie Pauthe réalise un travail de direction d’acteurs épatant, très fin et profond mais son spectacle souffre d’un trop pesant confinement, d’un manque d’humour et de légèreté. Seule Anne Houdy dans le rôle secondaire mais avec accent de la servante nous fait sourire. Cela dure bien 3H30, c’est excessivement long, la faible lumière et l’effet claustrophobique du décor sont éprouvants , de même que la couleur et les motifs du papier peint choisi n’aident pas à la concentration.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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