Théâtre
La Mouette par Arthur Nauzyciel, un diamant noir et précieux

La Mouette par Arthur Nauzyciel, un diamant noir et précieux

13 janvier 2014 | PAR Christophe Candoni

Arthur Nauzyciel s’empare de La Mouette comme d’une partition musicale déchirante et met en scène la pièce de Tchekhov, déconstruite et étirée à l’envi, à la manière d’une danse de mort sombre et triste. La force tragique du texte rarement portée aussi haut envahit et bouleverse au plus profond.

Les acteurs surpuissants dans un jeu déréalisé et pourtant tellement juste et vrai y sont pour beaucoup, de même que la beauté des images suscitées par la vision de Nauzyciel qui propose une forme tout à fait nouvelle et magnifiquement plastique, à l’opposé des représentations conventionnelles de Tchekhov engoncées dans des salons désuets où l’on converse vainement autour de la table basse et du samovar. Nauzyciel désembourgeoise Tchekhov sans pour autant le torpiller. Il donne à voir et entendre merveilleusement tout ce que contient le texte de failles, de brisures, d’illusions et d’aspirations contrariées.

Le très beau décor signé Riccardo Hernandez est celui d’une plage de sable goudronnée. Des  carcasses monumentales de métal se plantent massivement dans l’espace apocalyptique et désolé. Les acteurs habillés en noir, mi-hommes mi-bêtes, portent chacun un identique masque de mouette et dansent un rituel inaugural autour du cadavre de Treplev. Sa mort ouvre la pièce et se répétera plusieurs fois. Tous paraissent sur scène tels des piafs errant sur la marée noire. Pieds nus et mazoutés, corps lourds et fragiles, les êtres se dessinent avec une grâce organique. L’admirable Xavier Gallais fait un Treplev grave et torturé, une sorte de corbeau noir et sec aux épaules larges et voûtées qui portent tout le malheur du monde, Marie-Sophie Ferdane est une Nina irradiante et magnifique, Dominique Reymond une formidable Arkadina acide et détraquée. Toute la distribution se montre hypersensible et au service d’une oeuvre poignante.

VOIR AUSSI la critique d’Amélie Blaustein-Niddam lors de la création du spectacle au festival d’Avignon en juillet 2012.

à 19h30 / dimanche à 15h. Durée 3h40. Photo (c) Frédéric Nauzyciel

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