Cinema
[L’Étrange Festival] « Tangerine » : Cendrillon pète les plombs

[L’Étrange Festival] « Tangerine » : Cendrillon pète les plombs

12 septembre 2015 | PAR Willy Orr

Alors qu’elle sort à peine de prison, Sin­Dee Rela, prostituée transsexuelle, apprend que son amant l’a trompée avec une « morue blanche », qui s’avère en plus être une femme. S’en suit une course-poursuite effrénée dans la ville, sans carrosse mais à 300 à l’heure.

[rating=4]

Quelle claque que ce Tangerine ! Sélectionné en compétition internationale et réalisé par Sean Baker, avec des moyens limités puisque entièrement tourné au téléphone portable, le film prouve qu’un bon rythme, de bons dialogues et un bon cadrage peuvent sublimer l’image la plus simple. Le personnage de Sin­Dee est absolument sublime ; la caméra épousant avec vista ses longues jambes, élancées au rythme effréné de la traque.

Autant prévenir, Tangerine est un film aux langues bien pendues. Un « Merry Christmas, bitch ! », nous accueille au début du film. Ça caquette dans la basse cour, à base de famille d’Arméniens hystériques et de poules blondes. Heureusement, le rythme du film épouse parfaitement celui des dialogues, le montage ultra dynamique étant même soutenu par une B.O collant parfaitement à l’atmosphère générale.

Si les dialogues plutôt directs prennent à bras le corps la réalité de l’espace où se déroule le récit, les sujets au cœur du film (la prostitution, l’amour, la fidélité, le transgendérisme…) sont évoqués sans lourdeurs et avec une forme de tendresse généreuse qui laisse difficilement indifférent. Les motivations et actes des personnages sont à la fois surprenants et bien amenés, le montage nous plongeant comme dans un bain d’eau glacé au cœur d’un quartier à la vie bien active.

Le climax du film est atteint au milieu d’un Donut Shop, où tous les personnages règlent leurs comptes dans une cacophonie extrême. Comme pour contre balancer avec l’ensemble du film, la fin de ce dernier se déroule près d’un calme mouvement de tambour de machine à laver, laissant nos deux personnages rincés après une dure et longue journée.

En somme, Tangerine est un film maîtrisé, aux dialogues incisifs et aux personnages attachants. On aurait voulu voir des films de cet acabit plus souvent en sélection, il faut bien l’avouer. Au moins auront-nous le plaisir d’avoir découvert celui-­ci, que nous conseillons chaleureusement.

TANGERINE 2015. Couleur. 88 mn. VOSTF. Réalisation : Sean Baker.Production : Duplass Brothers Productions, Through Films.Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch.Avec : Kitana Kiki Rodriguez, Mya Taylor, Karren Karagulian.Pays : États-Unis.Genre : Comédie.
Avant-première.Compétition internationale.

Le programme complet de L’Etrange Festival se consulte par ici.

Visuel : (c) DR

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Willy Orr

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