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[Critique] « Prémonitions » Anthony Hopkins savoureux médium dans un modeste film de série B

[Critique] « Prémonitions » Anthony Hopkins savoureux médium dans un modeste film de série B

12 septembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le deuxième film d’Alfonso Poyart est un petit thriller qui vaut surtout pour la présence d’Anthony Hopkins dont la distante et froide malice reste sans égal. Colin Farrell est quasi-absent mais le scénario manie plutôt intelligemment une idée pas inintéressante : la traque d’un medium serial-killer par un medium associé à la police. Visuellement infect, pas forcément digne du grand écran, mais loin d’être totalement désagréable.

[rating=2]

Synopsis officiel : Un tueur en série énigmatique sévit à Atlanta, laissant le FBI totalement désemparé. Quoi qu’ils fassent, les enquêteurs ont toujours un coup de retard, comme si le tueur pouvait anticiper leurs mouvements à l’avance ! En désespoir de cause, ils se tournent vers le docteur John Clancy (Anthony Hopkins), un médium retraité dont les visions les ont aidés dans le passé.En étudiant le dossier, Clancy devine rapidement la raison pour laquelle le FBI est incapable de coincer le tueur : ce dernier possède le même don divinatoire que lui. Comment dès lors arrêter un tueur capable de prévoir l’avenir ? Commence alors une partie d’échecs impitoyable.

Anthony Hopkins s’était récemment offert un « rôle à critiques », Hitchcock, qui lui a valu quelques récompenses et plusieurs bons papiers. Après de nombreuses apparitions au sein de grosses productions (Thor, Red, Noé), il revient ici à ce qu’il sait faire de mieux. Et surtout là où son public l’attend et le vénère. La série B policière, le petit thriller poisseux, tout entièrement tourné vers un personnage qu’il maîtrise à la perfection. On se souvient encore avec un souvenir ému de La Faille (Fracture), où il incarnait, face à Ryan Gosling, un assassin cynique persuadé d’avoir réalisé le crime parfait. Prémonitions est clairement plus faible que le sus-nommé et n’aurait certainement pas du bénéficier d’une sortie en salles (le film n’a d’ailleurs toujours pas été programmé aux Etats-Unis). L’esthétique est immonde, la mise en scène à la ramasse, les « visions » risibles, les effets toujours en trop. Visuellement, Prémonitions ressemble clairement à un mauvais téléfilm d’après-midi pluvieux (de vacances scolaires). Le film se rattrape un peu en revanche au niveau de son scénario et, bien sûr, de son acteur principal.

L’Amérique aime ses médiums, ses faits divers à la frontière du réel, où un brin d’ésotérisme peut discrètement mais surement s’immiscer. Hopkins incarne un docteur qui travaille aux côtés de la police, utilisant ses visions du passé et de l’avenir pour accélérer la résolution des enquêtes. L’acteur s’en donne à cœur joie pour dessiner une nouvelle fois un caractère très attachant, glacialement cool, pas dénué d’humour, plein de cynisme et de distance. Et vote facilement la vedette au couple de flics pourtant censés tenir le premier rôle. La bonne idée de Prémonitions, malheureusement sous-exploitée jusqu’aux deux tiers du film, est cette promesse d’un affrontement entre deux médiums. Le serial-killer manipulateur, achevant les personnes en fin de vie, et préparant minutieusement ses méfaits en utilisant ses facultés. Et le docteur/policier essayant d’anticiper et de déjouer ses plans. Avec un bon réalisateur, des moyens plus solides, et un peu de rigueur, il y avait là matière à une excellente surprise. En exploitant l’idée d’un contre-la-montre sous tension entre deux personnes qui savent en avance ce qui va arriver. Prémonitions n’y arrive que par moments mais le polar tient plutôt bien la route. Et le visage d’Anthony Hopkins suffit amplement à nous maintenir éveillé. S’ajoute une réflexion inattendue sur l’euthanasie qui donne un peu de corps à une série B très modeste, souvent plus divertissante que les productions équivalentes plus cossues et plus bruyantes.

Gilles Hérail

Prémonitions, un thriller américain d’Afonso Poyart avec Anthony Hopkins, Colin Farrell et Jeffrey Dean Morgan, durée 1h41, sortie le 09/09/2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films

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Gilles Herail

One thought on “[Critique] « Prémonitions » Anthony Hopkins savoureux médium dans un modeste film de série B”

Commentaire(s)

  • Humblot

    À ne pas raté

    septembre 13, 2015 at 9 h 49 min

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