Cinema
Le Sida au cinéma, quelques films

Le Sida au cinéma, quelques films

01 décembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

Au cinéma, le sida se trouve au cœur de quelques films marquants : les plus réussis sont sans doute Les Nuits Fauves (Cyril Collard, 1992) et Les Témoins (André Téchiné, 2007). Mais aussi une comédie musicale étonnante, avec Mathieu Demy en jeune premier séropositif : Jeanne et le garçon formidable (Olivier Ducastel, 1997).

De plus en plus, le sida ne constitue plus le centre d’un film, son « sujet », mais apparaît, brusquement, comme un fait parmi d’autres. Il y a là, bien souvent, une sensibilité forte, une façon d’effleurer les choses les plus graves, sans s’y appesantir.

Dans Les Biens-Aimés (superbe film de Christophe Honoré, 2011), le sida n’est pas au cœur du récit : la maladie est là, mais au même titre que d’autres éléments. Rien d’explicatif, de surligné dans ce beau film limpide, dont le fil rouge reste l’amour, le sentiment.

On pourrait détourner le titre du roman de Gabriel García Márquez, L’amour au temps du choléra au profit de « L’amour au temps du sida », mais le sujet demeure l’amour, pas le sida. Les temps ont changé, l’insouciance a moins de place que dans les années 1960, mais si Véra (Chiara Mastroianni) est si triste, c’est surtout parce que Henderson (Paul Schneider) ne l’aime pas.

Dans une scène très belle et surprenante, Véra demande à Henderson, en chantant, de s’essayer à dire quelques mots en français : l’Américain, sur le mode du badinage, lance alors simplement, au détour d’une rime en anglais : « J’ai le sida. » Petit effet de souffle, vite dissipé. Car la maladie d’Henderson n’altère en rien la maladie de Véra, l’amour, qui se révèle plus forte et plus corrosive. Elle demeure l’amoureuse inconsolable, déraisonnable, que le risque n’arrête pas.

Et, dans la scène apocalyptique du 11 septembre 2001, Véra méprise deux catastrophes collectives d’un coup (le 11 septembre et le sida), occupée par son seul désastre intime, qu’elle chante avec une gravité légère :

Jeunesse passe
Et je m’y fais
L’été, hélas,
A mal tourné (Alex Beaupain)

Plus récemment, dans Un Château en Italie de Valeria Bruni Tedeschi (2013), on retrouve la même pudeur et la même simplicité. La maladie du frère n’est pas cachée, mais on ne s’attarde pas non plus à la décrire précisément. Les élans de vitalité qui restent, les dernières fantaisies importent bien plus. Au détour d’une conversation un peu crispée entre le frère et le nouvel amoureux, le frère dit : « J’ai le sida. » Et Louis Garrel, un peu embarrassé, répond : « Ah oui, moi j’ai mal aux dents. C’est vrai que c’est moins grave. » Désamorcer par un humour, même bancal, plutôt que basculer dans la compassion malvenue.

Deux films élégants, bouleversants, pudiques.

Visuel : © Les témoins d’André Téchiné

L’histoire du Sida se raconte aux Archives Nationales
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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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