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[Critique] « Un Château en Italie » de Valéria Bruni-Tedeschi, un film familial d’inspiration tchekhovienne

[Critique] « Un Château en Italie » de Valéria Bruni-Tedeschi, un film familial d’inspiration tchekhovienne

29 octobre 2013 | PAR Christophe Candoni

 

[rating=4]

Découvert en compétition officielle au dernier festival de Cannes (voir ICI) le troisième film de Valéria Bruni-Tedeschi a immédiatement séduit et touché par ses très belles qualités d’écriture, de mise en scène, d’interprétation. L’actrice et réalisatrice y manie sans tricher l’autofiction dans une veine tragicomique et raconte à travers la rencontre amoureuse improbable de Louise et Nathan, la survivance d’une femme paumée qui se transforme en désir insatiable de vie.

En mettant en scène la grande bourgeoisie industrielle italienne déjà présente dans Il est plus facile pour un chameau, l’errance et les désillusions d’une femme qui a été comédienne, comme dans le superbe Actrices, l’actrice fétiche de Patrice Chéreau raconte des bouts d’histoires qui sont un peu les siennes. Elle ne plaque pas la réalité, elle s’en inspire, s’en nourrit, la réécrit, la réinvente, retransforme le réel et part, accompagnée de ses complices coscénaristes Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy, sur le chemin de la fiction cinématographique qui prend avec elles une teinte tellement romanesque.

Le personnage que Valéria Bruni-Tedeschi interprète elle-même à l’écran, radieuse et tourmentée, avec la finesse et la déchirure qu’on lui connaît mais aussi une loufoquerie qui semble lui échapper presque malgré elle et qui est irrésistible, est une ancienne actrice, elle aime un jeune homme de presque vingt ans de moins qu’elle, elle perd un frère malade du sida (Giorgio Bassani, belle présence sensible), elle porte en elle des origines italiennes et une quête de spiritualité. On imagine que Valéria Bruni-Tedeschi met beaucoup d’elle dans son personnage. En plus, elle fait jouer devant la caméra son ancien compagnon à la ville, Louis Garrel, parfaitement charmeur et décalé avec son aplomb maladroit, sa drôle de nonchalance, sa maman, Marisa Borini, merveilleuse comédienne. Ce qui pourrait accroître les difficultés au contraire donne l’impression d’ôter toute forme d’inhibition, le geste artistique est singulièrement fort parce qu’il paraît à l’écran à la fois intime et pudique, authentique et libre.

A partir d’une histoire de vente de château familial et de la mort d’un proche, Valéria Bruni-Tedeschi décrit la fin d’un monde, ancien et révolu, et une renaissance car Louise rencontre l’amour et rêve de possibles avec Nathan. Elle veut vivre, aimer, enfanter, elle, qui ne sait pas prier, s’asperge en pleine église d’eau bénite et part en pèlerinage à Naples chez des bonnes sœurs mal lunées et castagne pour s’asseoir sur un fauteuil miraculeux qui favorise la fécondité. La scène est formidablement drôle. Le bonheur du film vient de tous ses comédiens excellents jusque dans les plus seconds rôles, André Wilms, Marie Rivière, Céline Sallette et Xavier Beauvois, formidablement détaillés, jamais uniformes. Tout dans le film est si drôle, si triste, léger et grave, sentiments apparemment contraires et pourtant intelligemment conjugués, c’est beau et délicat, bourré de fantaisie et hypersensible.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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