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[Critique] « Snowpiercer, le Transperceneige », un huis-clos ferroviaire de 1ère classe

[Critique] « Snowpiercer, le Transperceneige », un huis-clos ferroviaire de 1ère classe

29 octobre 2013 | PAR Hugo Saadi

[rating=4]

Après les essais sur le sol américain de Park Chan-Wook avec « Stoker » et de Kim Jee-Wook avec « The Last Stand », c’est au tour de Bong Joon Ho de réaliser un film en langue anglaise. Le réalisateur coréen (interview par ici) décide d’adapter la bande-dessinée française « Transperceneige » écrite par Jean-Marc Rochette et Jacques Lob en la découvrant en 2005 dans sa librairie préférée de Séoul. C’est après avoir tourné « The Host » et « Mother » qu’il peut enfin se consacrer à l’écriture de son film « Snowpiercer, le Transperceneige » où il va reprendre quelques idées de la BD et notamment des tomes 2 et 3. Un pari réussi pour ce film au plus gros budget de l’histoire du cinéma coréen.

Avec le « Transperceneige », Bong Joon Ho avait là un projet fort ambitieux, à savoir un film d’anticipation post-apocalyptique. L’humanité se retrouve coincée dans une ère glaciaire à la suite d’une tentative ratée pour stopper le réchauffement climatique. Les survivants sont contraints de vivre dans une sorte d’arche de Noé sur rails : le Transperceneige. Véritable miroir de la pyramide sociale (les plus riches se situent en tête et les plus pauvres dans les wagons de queue), la 5ème réalisation de Bong Joon Ho est basée sur le mouvement. En effet, ce train roule de façon cyclique sur la Terre reproduisant l’année civile (on y retrouve un « pont de la nouvelle année » par exemple) et l’insurrection qui se met en place renforce cette perpétuelle idée de mouvement . Une insurrection menée par Curtis (Chris Evans), qui las de vivre dans le noir et dans des conditions inhumaines, entassés les uns sur les autres, va mener la révolte et entamer une remontée incroyable des wagons avec l’intention de défier les autorités dont Wilford (Ed Harris), conducteur et seule autorité à bord.

Après un générique qui nous présente les causes de cette catastrophe climatique, Bong Joon Ho nous réveille 17 ans plus tard au sein du wagon des parias. Une véritable société a été mise en place où la répression s’abat lors de la moindre tentative de sortie des rangs. Le réalisateur coréen lance son film dans ce wagon, pas moins de 25 minutes vont être consacrées à la présentation des personnages, des intentions de ces derniers, le spectateur dispose dès lors d’un background solide pour comprendre et s’immiscer correctement au sein de ce train aux 1001 wagons. On découvre alors les personnages vivant dans la misère ainsi que les autorités chargées de maitriser l’ordre. La photographie dans cette première partie est somptueuse, on ressent parfaitement les 17 années de misère qui marquent les passagers : ongles noircis, traits tirés et à bout, éclopés … S’ensuit la mise en place de l’assaut qui nous met sous tension et nous rapproche de plus en plus des passagers, on se sent prêt à affronter les multiples obstacles lors de la remontée des wagons.

Le point fort du film est qu’il délaisse la trame de la bande-dessinée (un homme et une femme cherchant à atteindre la tête du train). Ici Bong Joon Ho fait remonter tout un peuple, soudé, mort de faim et prêt à tout pour en découdre avec l’ennemi. Il apporte de fait une visée universelle au film, renforçant l’idée de l’arche de Noé. Cette lutte des classes va durer pendant tout le film, proposant des scènes d’action d’un haut niveau avec une mise en scène qui va coller aux conditions du train : combats au corps à corps dans le noir le plus complet lors de la traversée d’un tunnel, échange de tirs dans une salle de classe ou en plein sauna. La mise en scène et les décors jouent un grand rôle dans ce huis-clos ferroviaire. Chaque wagon est « habillé » d’un thème différent : prison, sauna, restaurant, boite de nuit pour ne citer qu’eux, ce qui offre au réalisateur la possibilité de dérouter le spectateur par de multiples changements de tons : le grotesque. En leader de ce genre on retrouvera Tilda Swinton, au physique méconnaissable et au jeu parfait. Pour le reste du casting, Ed Harris et John Hurt en imposent vraiment lors de leurs scènes. Chris Evans alias Captain America, est parfait dans son rôle de révolutionnaire. Enfin, Song Kang Ho (acteur fétiche du réalisateur coréen) doit malheureusement se contenter de scènes un peu plus légères mais il garde toutefois son humour décalé. On pourrait cependant trouver quelques incohérences au niveau du scénario, mais la superbe réalisation de Bong Joon Ho prend le dessus et nous livre un film de science-fiction qui bouscule.

« Snowpiercer, le Transperceneige », un film de Bong Joon Ho, avec Chris Evans, Ed Harris …, Drame et science fiction, Sud coréen, 2h5, au cinéma le 30 octobre.

Visuels © Wild SIde / Le Pacte

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One thought on “[Critique] « Snowpiercer, le Transperceneige », un huis-clos ferroviaire de 1ère classe”

Commentaire(s)

  • Jean-Paul Desverchère

    Tous ensemble chacun à sa place.

    L’absence ou l’excédent de volontariat contribue à la stagnation ou à la progression d’un système pensant, dont le but est d’élever ou d’effondrer par la récompense ou l’élimination la condition sociale de chacun de ses composants.

    Ce n’est pas le cas dans ce train gigantesque, grand huit planétaire sans arrêt, entouré de glace dont les intérieurs sordides ou luxueux se traversent tels des compartiments cloisonnés par l’indifférence et l’ignorance de ce qui précède ou de ce qui suit.

    La remontée fastidieuse vers la machine ne dévoile aucun exemple susceptible d’accepter sa condition de non participant devant une élite récompensée justement par son investissement.

    Tout n’est que répressions, trahisons, indifférences et décalages de la part d’une faune dominante, violente, moqueuse, distante et protégée, bien souvent excentriques, à la frontière de la folie.

    Devant une telle découverte et surtout une telle déception, il ne reste plus qu’une chose à faire, imposer son décalage en progressant par la force vers une vision finale équipée de propos dangereux, à la limite de la récupération.

    La théorie d’un troupeau animalier sale et repoussant croupissant en voiture finale, sacrifié ou servant de combustible à un convoi dont la durée est menacé par une neige se décidant enfin à fondre.

    août 13, 2014 at 13 h 20 min

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