Cinema

L’avant-première du nouveau film de Wang Quan’an au festival Un état du monde.

L’avant-première du nouveau film de Wang Quan’an au festival Un état du monde.

23 novembre 2019 | PAR Jules Bois

Ce mercredi 21 novembre au Forum des Images, et dans le cadre du festival Un état du monde, se tenait une avant-première du film de Wang Quan’an : La Femme des steppes, le flic et l’oeuf (ou Öndögen titre original)

Après 20 ans de carrière, son premier film Éclipse de lune ayant été réalisé en 1999, le festival Un état du monde nous permettait de voir son dernier long-métrage. Wang Quan’an était présent pour l’occasion.
« Pensez-vous que c’est une bonne introduction de dire que le film qui va suivre est un conte mongol contemporain ? » lui demande-t-on. « L’interprétation est libre. Mais je suis d’accord avec vous » répond t-il. Un petit rire dans la salle s’élève devant une réponse si sobre. « Quoi qu’il en soit, la plupart de mon propos sera dans mes films ». Soit monsieur Wang Quan’an, laissons votre œuvre s’exprimer.

Le film s’ouvre sur une longue scène d’une voiture cahotant dans les steppes, la nuit. Les phares peinent à éclairer, on l’on se concentre sur le propos du conducteur qui, en faisant la conversation badine, nous parle de chasse, de chevaux, d’instinct. Il s’arrête net à la découverte d’une femme nue, visiblement morte, étendue dans l’herbe au milieu de nulle part. De là tout part. Les personnages gravitent autour de cet évènement sans que celui-ci soit, paradoxalement, central. Une ficelle narrative subtile, qui fait entrer dans le champ une myriade d’éléments et de personnes, et dont l’entrée dans le champ de la caméra se fait presque théâtral. Il faut souligner que cet effet théâtral est appuyé par de nombreux plans fixes, très larges, magnifiques, dans ces steppes immenses, désertiques. Presque toutes les scènes sont en plein air, et pourtant, l’immensité vide qui se déroule sous nos yeux, offre l’impression d’un huis clos lorsque les êtres évoluent de situations en situations.

Mais alors, que raconte ce film ? Disons pour trancher : le spectacle d’un quotidien. Un oxymore certes peu subtil mais pourtant si vrai. Intimiste sans être voyeur, le film suit les personnages dans leur quotidien, où les évènements qui se déroulent n’ont finalement pas tant d’importance. Parce que tout est relativisé, vécu, apprécié, puis oublié. L’organique est toujours omniprésent, avec les animaux qui peuplent, plus que les humains, la steppe. Et c’est peut-être l’omniprésence de cet organique qui est le plus intéressant. Parce que les évènements et les vies des personnages auraient pu avoir lieu partout ailleurs. Mais ces vies pleines et riches que l’on apprend à découvrir, à apprécier, sont dépourvues de trivialité, parce que très ancrées dans cet organique, qui constitue le décors du film.

Le rythme très lent de ce film n’ennuie pas, il repose. On sort de la séance léger, sans avoir forcément saisi tout ce que le film voulait nous dire, mais avec l’impression que, de toutes façons, il ne parlait pas à notre rationalité mais à notre sensibilité.
Satisfaction supplémentaire, avec ce film, le festival Un état du monde répond à nos attentes de découvrir beaucoup, ailleurs.

Ce film La Femme des steppes, le flic et l’oeuf sortira le 29 avril 2020 en France.

 

 

 

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