Cinema

Une journée au festival « Un état du monde » au Forum des images

Une journée au festival « Un état du monde » au Forum des images

28 novembre 2019 | PAR Jules Bois

Voici un report d’une journée passée au Forum des Images, à l’occasion du festival Un état du monde ce vendredi 22 novembre ! L’occasion de voir Les merveilles, d’Alice Rohrwacher ( 2014 ), A Febre, de Maya Da-Rin, et pour clore cette journée, Nuestras madres de César Díaz.

Trois cadres différents donc. L’Italie pour Les merveilles, le Brésil pour A Febre, et le Guatemala pour Nuestras madres.

En première séance, on découvrait Les merveilles, d’Alice Rohrwacher. L’histoire d’une famille d’apiculteurs en Italie, qui lutte pour produire son miel et ne pas encore une fois être expulsés de là où ils se sont installés. Le manque de moyens rend difficile la mise aux normes. Mais quoi qu’il en soit, le père de famille rejette les normes, et tente, par son existence de petit producteur, de s’élever contre une gentrifications des campagnes, en passe de devenir une vitrine champêtre pour touristes en soif d' »authenticité ». À côté de ces problèmes extérieurs, la famille est sujette à des troubles, avec les jeunes filles ne partageant pas le rêve de leur père, et une communication inexistante, créant tensions sur tensions. Le film a reçu le Grand prix au Festival de Cannes en 2014, bien que très clivant du côté des critiques. Si le film est en effet original, et explore une foule de sujets, depuis les relations père-fille, la difficulté d’être en marge d’une société qu’on méprise, l’enjeu de l’écologie pour les agriculteurs, la pauvreté des campagnes, l’enjeu de la réinsertion, avec un enfant sur la pente glissante de la criminalité, envoyé à la ferme des apiculteurs pour évoluer dans un cadre plus sain… Et l’on pourrait citer encore une douzaine d’autres sujets intéressants approchés. Seulement voilà, le film a du mal à tout creuser en profondeur. Beaucoup de questions restent sans réponses, et des idées lancées s’éteignent, reparties aussi vites qu’elles étaient arrivées. Cela rend l’aspect politique qui est intéressant, moins incisif, beaucoup dans le non-dit.

Suivait A Febre, réalisé en 2019 par Maya Da-Rin. Ce film s’inscrivait dans le cadre du focus sur le Brésil, et traitait de l’enjeu de l’identité « indigène » dans la société brésilienne. Il raconte l’histoire d’un agent de sécurité dans un grand port de marchandises à Manaus, prit d’une fièvre non pas délirante mais qui l’amène à se questionner sur sa condition, son identité, et ce qu’il veut. Justino, »l’indien » pour ses collègues, a travaillé vingt ans à Manaus, aidé à construire la ville en tant qu’ouvrier, puis embauché dans ce port où l’ennui est profond, et le racisme de ses collègue, pesant. Parce qu’il était « indigène », ses emplois n’étaient pas déclarés, et la société brésilienne entend ne rien lui devoir, malgré sa vie de labeur. Une situation difficile mais canalisée par un quotidien avec sa famille, qui lui sert de soupape. La survie de son identité d’indigène se construit donc en dichotomie : d’un côté « Les blancs », de l’autre, « Son peuple ». Une grille de lecture imposée dont il sent tout le poids. L’issue que lui propose le film est simple : il s’en retourne dans la forêt, dans son village, qui n’a eu de cesse de l’appeler, en rêve. Regis Myrupu, interprète de Justino, a d’ailleurs remporté le Léopard du meilleur acteur au Festival international du film de Locarno, une récompense méritée. En définitive, et malgré quelques longueurs, le film est beau, et parvient très bien à nous placer dans la peau de son personnage, qui ne parvient pas lui même à se comprendre, laissant son inconscient le guider.

Pour terminer cette journée bien remplie, était projeté Nuestras madres, de César Diaz, lui aussi réalisé cette année. Il se déroule en 2018, au Guatemala, plus de 30 ans après la fin de la guerre civile en 1996. On suit un jeune, Ernesto, chargé d’exhumer et d’identifier les corps des disparus durant cette période, usant des témoignages des proches. En toile de fond, le procès pour génocide et crimes contre l’humanité engagé contre José Efraín Ríos Montt et José Mauricio Rodríguez Sánchez, en 2018 ne fait qu’accumuler les tensions liées à la mémoire des évènements. Le film raconte cette histoire qui ne passe pas. La conversation entre Ernesto et son ami au bar, le résume bien : « Dans ce pays, soit tu es fou, soit tu es bourré ». « J’ai choisi. Bourré ». Dit-il en levant son verre. L’alcool est d’ailleurs omniprésent. C’est l’histoire d’un pays qui livre ses morts et ses traumatismes en héritage. L’importance de la mémoire et de son apaisement, pour ceux qui ont survécu, et les générations suivantes, est très bien retransmise dans ce film limpide, sans détours.

Un très bel aperçu d’une multitude de situations étaient donc offert au Forum des images ce jour là, des sujets sociétaux actuels sur lequel le cinéma posait un regard tantôt prude, tantôt engagé, mais toujours intéressant.

Visuel : affiche du festival Un état du monde au Forum des images, 2019.

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Jules Bois

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