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Festival un Etat du monde : Mohammad Rasoulof brave l’interdit avec Le Diable n’existe pas

Festival un Etat du monde : Mohammad Rasoulof brave l’interdit avec Le Diable n’existe pas

20 novembre 2021 | PAR Elise Murat

A l’occasion du festival Un état du monde, le forum des images nous offre la possibilité de voir en un ensemble d’avant-premières, de conférences et de rétrospectives autour de questions géopolitiques et de cinéma.

A l’occasion du 3e jour du festival, mercredi 17 novembre, l’organisme situé dans le Forum des halles présentait en avant-première le dernier film du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, Le Diable n’existe pas, récompensé par l’ours d’or à Berlin en 2020. En guise d’introduction, le directeur du festival accompagné du distributeur du film (Pyramide), et une attachée de presse iranienne nous expliquent l’épopée alambiquée qu’a dû emprunter le film pour voir le jour. En effet, les anciens films de Rasoulof tel qu’un Homme intègre (2017) ou encore Les manuscrits ne brûlent pas (2013) avaient déjà été très compliqués à tourner dans son pays natal, et malgré de nombreuses nominations et récompenses à l’international, ses longs-métrages lui valent de se faire condamner à son retour en Iran pour “propagande contre le régime”. Après s’être fait confisqué son passeport, privé de sa liberté de travailler et de circuler, puis condamné à 1 an de prison ferme, Rasoulof le téméraire décide de réaliser clandestinement Le Diable n’existe pas. Pour contourner la censure, le réalisateur à fait le choix de morceler son œuvre en quatre courts-métrages : plus un tournage est court, moins il attire l’attention.

Étonnamment, en étant officiellement interdit, le réalisateur livre un film plus frontal que ces anciens volets plus indiciels, qui devaient passer par le symbole pour faire réfléchir et contourner la censure. Ici, l’engagement et la critique du pouvoir en place sont directs. La peine de mort étant encore en vigueur en Iran, le film nous met face à la réalité effrayante d’un régime qui oblige ses citoyens à devenir des bourreaux. Comment gérer sa liberté d’action dans un système fait pour casser la morale ? La question de la responsabilité individuelle est posée directement au spectateur à travers ces quatre fresques. Loin d’être manichéen, le film met en avant des instances de résistance et d’exigence morale ; mais montre aussi les conséquences réelles que celles-ci peuvent avoir. Avec la même impulsion, il rend compte de manière abouti de la rationalité des bourreaux dans un environnement oppressif. Ce drame est habile tant il communique son engagement sans artifice. En remettant au premier plan la beauté de la nature iranienne, de la famille, l’intimité et tous ces moments de vies qui font qu’elle en vaut la peine dans des plans magnifiques, Mohamad Rasoulof remet au premier plan la dignité humaine pour laquelle les activistes se battent. Ainsi, le contraste avec la pendaison prolifique et légiféré devient alors encore plus frappant . Pour plus d’infos sur le festival, cliquez ici.

visuel : affiche du film©

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