Opéra
Juan Diego Florez : le diamant montre toutes ses facettes à la Philharmonie

Juan Diego Florez : le diamant montre toutes ses facettes à la Philharmonie

23 novembre 2019 | PAR Denis Peyrat

Ce 18 novembre les lyricomanes se pressaient à la Philharmonie de Paris pour entendre Juan Diego Florez, rarement présent sur les scènes parisiennes. Le ténor péruvien était annoncé pour un récital « Viva Verdi & Co », produit par Les Grandes Voix et qui était annoncé en préambule à un CD Verdi qui devrait sortir chez Sony Classical. S’il n’a pas démérité en Duc de Mantoue de Rigoletto, c’est néanmoins dans ce « & Co » et la versatilité du programme de la deuxième partie, de Massenet aux chansons populaires hispaniques que le ténor a enchanté le public parisien.

La Philharmonie de Paris était pleine ce lundi, et la diaspora péruvienne présente en nombre pour la venue de Juan Diego Florez dans la capitale. Le ténor présentait un programme qui permettait d’apprécier la diversification de son répertoire, qui s’aventure aujourd’hui assez loin de son répertoire belcantiste de prédilection dans lequel il a triomphé dans le monde entier. Sa voix a en effet évolué, en s’étoffant dans le registre médium sans perdre de la facilité et de la brillance de son glorieux aigu. 

Viva Verdi

Pour la première partie consacrée exclusivement à Giuseppe Verdi, l’artiste a choisi de commencer prudemment. Après l’ouverture de Nabucco dont la Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz n’accentue pas trop le clinquant, le ténor débute gentiment avec, comme mise en voix, le « Questa o quella » de Rigoletto, interprété avec mordant et élégance. La scène du deuxième acte « Ella mi fu rapita », révèle ensuite le meilleur du chant verdien du ténor, à qui le rôle du Duc de Mantoue, qu’il interprète depuis plus de 10 ans convient parfaitement. L’artiste y fait preuve d’un splendide légato et de belles nuances, et incarne avec conviction les sentiments mêlés de colère et d’attendrissement.
La cavatine « Oh dolore » d’Attila dont la ligne vocale étirée est parfaitement maîtrisée, et le lyrisme d’I Lombardi conviennent également très bien à Florez, qui y retrouve les accents belcantistes qu’on lui connait. En revanche la scène d’I due Foscari montre ses limites dans un rôle pour lequel sa voix semble moins bien adaptée. De la même manière son Alfredo de La Traviata qu’il interprète sur scène depuis fin 2018 convainc moins, malgré son aisance dans l’aigu final (non écrit) de la cabalette.

Jader Bignamini, chef de l’Orchestre Symphonique Giuseppe Verdi de Milan, s’avère un accompagnateur de qualité dans ce répertoire. L’ouverture de Un giorno di Regno, un des tous premiers opéras de Verdi, qui lorgne encore sur Rossini, est interprétée toute en légèreté. Dans le prélude de La Traviata le chef fait magnifiquement chanter les violoncelles, même si on aurait aimé des nuances plus diaphanes pour les tenues de violon introductives.
La marche hongroise de Berlioz, très enlevée, met en valeur des cuivres éclatants, tandis que l’Intermezzo de Cavalleria Rusticana, délivrée de tout pathos excessif, délivre une belle émotion grâce à des cordes très bien chantantes. On comprend que ce chef, très attentif à l’équilibre des pupitres, soit apprécié des chanteurs (il vient d’enregistrer deux récitals l’un avec le couple Netrebko / Eyvazov qu’il a accompagné en tournée, et l’autre avec la soprano Martina Rebeka). C’est un artiste dont les prestations lyriques en fosse seront à suivre avec attention.

Vienne et Paris

En deuxième partie, Juan Diego Florez se révèle charmeur dans des opérettes viennoises de Franz Lehar qui lui permettent de déployer toute une palette de nuances. Toutefois même si l’artiste sait séduire le public féminin en semblant s’adresser à chacune des femmes du public pour leur adresser des oeillades appuyées dans Paganini, il n’est pas complètement à l’aise avec la langue allemande. On a le sentiment qu’il n’entre pas vraiment dans ce répertoire, comme dans le célébrissime air « Dein ist mein ganzez Herz » du Pays du Sourire, où son rival germanophone Jonas Kaufmann s’inscrit lui beaucoup plus dans l’héritage des grands ténors allemands du début du XXeme siècle comme Richard Tauber. La voix est même couverte par l’orchestre dans Giuditta, mais le ténor emporte l’adhésion du public grâce à son aisance en scène, ou il semble vouloir inviter plusieurs spectatrices à valser.

Avec le répertoire français, le chanteur péruvien semble beaucoup plus dans son élément. Il avait déjà donné une belle prestation en Des Grieux du Manon de Massenet il y a quelques mois au Théâtre des Champs Elysées. Mais son Werther est encore plus impressionnant : la voix s’y révèle à son meilleur, caressante et lumineuse et l’implication de l’artiste, très émouvant dans son désespoir fait de son « Pourquoi me réveiller » le sommet de la soirée. Son Don José est de belle facture également, avec une élégance plutôt tare dans ce rôle, et une attention au texte qui force l’admiration, mais l’air de la fleur mériterait un voix un peu plus corsée. « Che gelida manina » de La Bohème clôturait le programme officiel : Juan Diego Florez y développe un style très pur, avec des aigus francs, loin des ports de voix auxquels certains ténors nous ont habitués. Toutefois, malgré un charme indéniable et sans démériter, la voix du péruvien reste en deçà des moyens vocaux nécessaires pour le rôle.

Besame mucho !

Sous les applaudissements enthousiastes du public, le ténor revient ensuite en scène avec sa guitare pour interpréter, comme il en est coutumier, les plus grandes chansons populaires hispanophones dans lesquelles il est souverain. Réclamés par le public, il interprète successivement un tango de Carlos Gardel, puis Besame mucho (titre éponyme de son album de 2018) et La Flor de la Canela. Puis il enchaîne avec Cielito Lindo (quasi un hymne national au Mexique) et un Cucurrucucu Paloma tout en demi teintes et en notes aiguës tenues jusqu’au bout d’un souffle qui parait interminable. L’artiste est alors à son sommet, complètement à son aise dans un répertoire intimiste qui déclenche une légitime ovation du public conquis.

Le concert se termine alors par deux derniers bis avec orchestre : la célébrissime chanson Granada de Agustin Lara, que tous les ténors d’opéra ont interprétée, donne l’occasion à Juan Diego Florez d’un beau moment de complicité avec Jader Bignamini, l’un et l’autre sortant une fleur de leur poche, avec laquelle le chef finit par diriger. Enfin le péruvien aborde un « Nessun dorma » de Turandot qui, même s’il excède largement les possibilités de sa voix, lui donne l’occasion d’un dernier aigu final triomphant qui emporte la standing ovation du public.  

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Denis Peyrat
Ingénieur exerçant dans le domaine de l'énergie, Denis est passionné d'opéra et fréquente les salles de concert depuis le collège. Dès l'âge de 11 ans il pratique également le chant dans diverses formations chorales, en autodidacte mais avec une expérience qui lui permet à présent de faire partie d'un grand chœur symphonique parisien. Il écrit sur l'opéra et la musique classique principalement.

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