Cinema
Heli d’Amat Escalante, une première projection belle et éprouvante de la compétition à Cannes

Heli d’Amat Escalante, une première projection belle et éprouvante de la compétition à Cannes

15 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

Tandis que la crème du festival suivait Audrey Tatou et l’équipe du « Grand Gastby » pour une cérémonie d’ouverture de rêve, malgré la pluie, le premier film en compétition était projeté pour la presse. Troisième long métrage d’Amat EScalante, après « Sangre » (2005) et « Los Bastados » (2008), « Heli » est un film à la fois beau et d’une intolérable violence sur la corruption en ville mexicaine de frontière.

Dans une ville mexicaine qui vit principalement du travail que fournit une usine automobile, le jeune ouvrier Heli (Arando Espita) vit avec son épouse, leur bébé, son père et sa soeur de 12 ans Estela dans une maison de deux chambres. A peine âgée de 12 ans, Estela a un petit copain plus âgé qui vole de la cocaine et la cache dans la citerne de la maison d’Estela et Heli. Sans prévenir, un gang de paramilitaires fait intrusion, tue le père qui tente de se defendre et enlève le frère, la soeur et le petit copain… Pour leur faire vivre une terrible torture. Seul revenu de cette nuit; Héli retrouve sa femme et hésite à faire confiance à la police… La reconstruction passe-t-elle par la justice solitaire et vengeresse?

« Héli » débute sur une image qui résume tout le film : deux corps sanglants, dont l’un nu, sont allongés dans le coffre ouvert d’un camion, le bout d’une botte appuyant sur le visage d’un des deux hommes… L’un des corps est pendu sur un pont… Escalante maîtrise parfaitement ses images pour un film terriblement naturaliste qui présente la violence ordinaire d’enfants-bourreaux, de petites filles violées et de policiers corrompus. Au cœur de l’intrigue, le personage d’Heli s’effondre et semble flotter lentement vers un bain de violence post-traumatique, lent et encore plus ordinaire que celle des enfants frappant des corps suspendus pour une punition absolue et sans explication. Cru, cruel, le film est d’autant plus intolérable que ses images sont d’une beauté troublante et son rythme, à la fois marécageux et lancinant. Le réalisateur a parfaitement réussi à transmettre toute la soif du mal humain et toute l’ambivalence des rapports Mexique-Etats-Unis qu’il souhaitait montrer.

« Heli » d’Amat Escalante, avec Armando Espitia, Linda González, Juan Eduardo Palacios, Andrea Vergara, Mexique, 105 minutes, Le Pacte. En compétition.

Tous nos articles sur le festival de Cannes sont à retrouver dans Le dossier Cannes.

[Chronique] The Computers, Love Triangles Hate Squares, un rock déjanté furieusement fifties
Crise d’identité et cohésion de groupe aux « rencontres chorégraphiques »
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture