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Posada, graveur populaire

Posada, graveur populaire

09 mai 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le musée de L’image d’Epinal nous entraîne dans la découverte de l’œuvre d’un graveur de génie, José Guadalupe Posada. Une exposition enjouée sur l’imagerie populaire mexicaine du XIXème siècle.

Au milieu du XIXème siècle, l’image populaire gravée connaît son âge d’or, tant en France, avec l’imagerie d’Epinal, qu’au Japon. Ces gravures destinées à une large diffusion dans un but éducatif ou ludique inondent les deux pays. Et le continent américain n’est pas en reste : José Guadalupe Posada est le glorieux représentant d’une tendance identique au Mexique. Pendant presque toute sa vie, il créa les illustrations gravées de petits manuels pratiques, de contes, de chansons, de faits divers ou de feuilles de jeu, vendus à bas prix dans la rue.

On peut constater que ces images populaires, si elles sont très connues dans leur pays de production, le sont beaucoup moins en dehors et sont aujourd’hui difficiles à trouver. Plusieurs explications peuvent être avancées : la mauvaise qualité des papiers inhérents à une commercialisation très peu chère, l’usage intensif qui pouvait en être fait, ou encore une idée élitiste de ce qui méritait d’être conservé. Les œuvres de Posada n’y font pas exception, et si ses figures de squelettes souriants nous sont familières, le nom de leur auteur l’est beaucoup moins.

Ajoutant au mystère autour de l’artiste, nous n’avons aujourd’hui que très peu d’informations sur sa vie, ses idées ou ce qui dirigeait sa création. Né en 1852 à Aguascalientes dans une famille modeste, il y étudie à l’Académie des Arts et Métiers. Il rejoint l’atelier de gravure et lithographie de José Trinidad Pedroza et publie ses premiers dessins en 1871. Après être passé par León, il s’installe en 1888 à Mexico, qu’il ne quittera plus, jusqu’à sa mort en 1913. Dès ses débuts, son talent est reconnu et le monde de l’édition lui passe de nombreuses commandes, et plus particulièrement Antonio Vanegas Arroyo, « éditeur populaire » avec qui Posada travailla pendant plus de vingt ans.

Sauvée par un collectionneur mexicain, M. Mercurio López Casillas, l’œuvre de Posada est riche, variée et virtuose. Son génie de la gravure est démontré par la scénographie, qui agrandit à l’échelle d’un mur des images de la taille d’un petit livre sans qu’on y perde une once de qualité. Les détails sont précis, gravés au burin et au vélo (outil à plusieurs pointes parallèles) dans du plomb ou par le procédé de zincographie, qui transpose la lithographie sur des plaques de zinc. Il utilise peu de couleurs, le plus généralement du noir et du rouge, et certaines de ses gravures sont colorisées au pochoir, comme à Epinal où le procédé était automatisé. On remarque également que la composition de ses pages comprend un jeu avec la typographie, qu’il dessine et intègre à l’image. Et détail inhabituel, l’artiste signe ses œuvres, ce qui ne se faisait pas pour les illustrations de l’époque.

L’exposition regroupe les gravures par grands thèmes : la collaboration avec Arroyo, les contes pour enfants, les feuilles de faits divers, les pages d’humour, et surtout ses fameuses calaveras, ses squelettes hilares. Si ces squelettes sont ce que l’on retient principalement de son travail aujourd’hui, c’est probablement à cause des références que Diego Rivera ou André Breton y ont faites dans leurs œuvres. Cette figure joviale de la mort, sublimée par Posada, est une façon très mexicaine de voir la mort comme une partie de la vie, à laquelle tout le monde sera confronté. On retrouve la dernière qu’il réalisa, la Catrina, squelette au grand chapeau emplumé, sur l’une des fresques de Rivera, tenant le bras à Posada et à Rivera, immortalisés pour l’éternité.

Joyeuse et décomplexée, précise et inventive, l’œuvre de Posada est un magnifique point d’entrée dans l’imaginaire populaire mexicain du XIXème siècle, auquel on retrouve de nombreuses références aujourd’hui encore. C’est également une belle démonstration de l’importance de ces arts considérés comme « mineurs » qui ont servi de socle aux arts « majeurs », tout comme l’Histoire s’appuie sur les évènements du quotidien.

Posada, génie de la gravure
Du 05 février au 18 septembre 2022
Musée de l’Image – Ville d’Epinal

Visuels : 1- Affiche de l’exposition – La Calavera maderista , zincographie, 1911, éd. Vanegas Arroyo, coll. Mercurio López Casillas, Mexico / 2- El Clown mexicano n°4, gravure au burin sur plomb vers 1891, éd. Vanegas Arroyo, coll. Mercurio López Casillas, Mexico / 3- Historia de los dos Volcanes, éd. Maucci Frères, 1900-1901, chromolithographie, coll. Mercurio López Casillas, Mexico / 4- El Niño de un Jeme, gravure au burin sur plomb coloriée au pochoir, éd. Vanegas Arroyo, coll. Mercurio López Casillas, Mexico / 5- Gran fandango y fracanchela con música y borrachera, gravure au burin, éd. Vanegas Arroyo, Coll. MUDAAC, dépôt au musée de l’Image, Épinal / cliché H. Rouyer

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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