Cinema
Étrange Festival 2022 : La Piedad, pièce montée symbolique décevante

Étrange Festival 2022 : La Piedad, pièce montée symbolique décevante

13 septembre 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

En Compétition pour le Grand Prix Nouveau genre, ce film espagnol met en scène des symboles davantage que des personnages ou des visions fantasmatiques. Il apparaît donc plutôt lourd.

Dans un décor extrêmement stylisé, un jeune homme habite avec sa mère. D’emblée, avec La Piedad, on se situe au coeur de quelque chose de pas net. Le film ne suggère pas qu’une relation aux secrets troubles se trame : il jette tout de suite ses spectateurs en elle, en la grossissant à la loupe.

Et c’est peut-être là que le bât blesse. Car non content de vouloir circonvenir son enjeu à peindre une relation mère-fils contre-nature, ce long-métrage sacrifie tout à la symbolique. Et plutôt que d’aller dans la mesure et d’observer patiemment, il préfère non pas grossir son trait, mais styliser. De la symbolique recouverte d’esthétique : pas le meilleur des choix pour évoquer un thème très, très, très rebattu.

En fin de compte en fait, La Piedad propose bien peu de choses originales. Tout apparaît attendu car sur-signifiant : les scènes de vomi, d’ongles trop coupés, les visites aux médecins, les prises de médicaments… Quelques gros plans sur des organes ou opérations sanglantes de la tête sont bien là, mais ils et elles coulent sous le symbolisme, qui les empêche aussi d’être drôles. Il en va de même pour les interprètes : oui, Angela Molina, Daniel Freire et ceux qui les entourent sont très convaincants. Mais ils incarnent des abstractions symboliques lourdes, pas de vrais personnages.

Dès lors, la mise en scène par-dessus tout cela a beau être belle, elle provoque bien peu d’effets. Et le coup de l’accouchement d’une personne déjà adulte a précédemment été fait par Takashi Miike, dans Gozu. Quant au parallèle avec la dictature de Corée du Nord, il apparaît lui aussi très, très peu fin. On retiendra que Netflix figure parmi les co-producteurs. Le film restant au final peu dérangeant – sauf pour certains sans doute – ils peuvent l’exploiter sans souci.

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Visuel : © Kito Muñoz

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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