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« L’Escale » : un magnifique documentaire

« L’Escale » : un magnifique documentaire

05 décembre 2014 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

L’Escale est un film de Kaveh Bakhtiari sorti en 2013 au cinéma et récemment en DVD. Très remarqué au Festival de Cannes, il suit quelques immigrés iraniens bloqués à Athènes. Ils sont recueillis chez Amir, dont l’appartement est devenu une escale pour les immigrants, un lieu de transit entre l’Iran et l’Europe. Mais sur le long et pénible chemin de l’immigration, les obstacles sont nombreux et le découragement quotidien. Un film extrêmement émouvant.

L'EscaleSamba, le nouveau film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache, raconte un peu la même histoire : les immigrants sont sans papiers, doivent se méfier de la police, lutter pour travailler ne serait-ce que pour quelques euros. Sauf que si Samba a peur d’être renvoyé dans son pays d’origine, lui est en France, alors que les hommes de L’Escale – qui, déjà, sont bel et bien réels – ne sont pas arrivés, et sont bloqués dans une étape transitoire, certains depuis des mois voire des années.

Ainsi, la peur est quotidienne. Mais ça, Kaveh Bakhtiari le montre finalement assez peu. Ce qu’il s’attache à dépeindre est bien plus poignant – et moins commun : les immigrants sont des hommes avec des désirs, des impatiences, des moments de joie et surtout, avec des moments de découragement. S’invitant à sortir du petit appartement d’Amir les uns les autres, « avant de commencer à déprimer », les immigrants iraniens sont des hommes touchants.

Ce sont eux qui font de L’Escale un excellent documentaire. On les voit se disputer en faisant la cuisine, se préparer avant le grand départ, discuter… Certains moments sont plus graves. L’un d’eux nous touche au cœur quand, en pleine discussion sur internet avec sa mère, il se trouble et se met à pleurer. Loin de chez eux, loin d’une situation, loin de tout, les immigrants sont à fleur de peau; c’est sans doute ce qui les rend si humbles, si beaux dans leur courage. Il y a peu d’éclat dans ce documentaire qui finira bien pour la plupart d’entre eux, mais il y a un climax, une grève de la faim, particulièrement éprouvante : l’un d’eux, un prof de sport plutôt joyeux, s’est cousu la bouche et campe dans la rue devant une organisation pour obtenir un passeport. Le réalisateur ne le filme jamais frontalement, et quand il le fait, le gréviste se cache la bouche avec une pudeur désarmante. Pas de théâtre, pas d’image crue, ni de discours. Juste, un aperçu.
Le réalisateur Kaveh Bakhtiari est le cousin de l’un d’eux. Il les filme en ami, en proche. Son approche est sensible mais surtout amicale. Sa démarche fait du spectateur un ami des migrants : on s’attache à eux, et le suspense naît. On veut connaître la suite de leur route…

La tristesse habite L’Escale : il n’y a pas de morale, juste le constat d’un monde difficile, où les hommes sont durs, où la police fait peur. L’Escale questionne les frontières, si faciles à franchir pour les touristes, si infranchissables pour les désirs d’ailleurs. Cinématographiquement, c’est très réussi : la caméra au poing est maîtrisée, l’esthétique claire, et le documentaire n’en fait jamais trop, bien au contraire. Il brille par sa retenue. On est ému.

L’Escale de Kaveh Bakhtiari,Suisse/France, 2013, 1h40, Epicentre Films, Sortie dvd, le 21 octobre 2014, 22 euros

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Maïlys Celeux-Lanval

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