Cinema
Dirty, Difficult, Dangerous et son ton doux-amer d’exception

Dirty, Difficult, Dangerous et son ton doux-amer d’exception

12 novembre 2022 | PAR Geoffrey Nabavian
Ce nouveau film du réalisateur d’origine libanaise Wissam Charaf offre une première partie à l’ambiance entre-deux très réussie, avant de partir vers un peu plus de gravité.
Mehdia a immigré d’Ethiopie au Liban pour travailler comme aide à domicile pour deux personnes âgées. Elle vit chez eux, supportant sa patronne qui la traite de haut et lui demande tout tout le temps, et son mari sénile qui s’identifie à divers personnages menaçants vus à la télé et essaye régulièrement de l’étrangler. Mehdia a heureusement trouvé un amoureux en la personne d’Ahmed, immigré de Syrie qui n’a rien, ne se fait pas accepter, et survit comme il peut. Elle et lui n’ont rien le droit de faire, dans leur situation. Ils vont tout d’abord essayer de vivre un peu leurs rêves, puis devoir aller les chercher ailleurs.
 
Acidité
 
C’est un film qui parvient à faire régner, dans sa première partie, un climat doux-amer, alors qu’il peint des faits dramatiques. Tout en laissant aux lieux qu’il scrute leur côté réaliste, il en fait aussi des espaces légèrement décalés, via des choix d’angles bienvenus.
 
Dans cette première phase, ces partis-pris de mise en scène, associés au jeu remarquable des acteurs secondaires, font naître des situations et échanges à la fois dramatiques et teintés d’acidité et d’absurde, et ce à partir de séquences écrites pour raconter des faits terribles. Mehdia et Ahmed (joués par la secrètement imposante Clara Couturet et le très juste Ziad Jallad) les traversent, de l’appartement du couple âgé aux ruines où les immigrés syriens se rassemblent de manière contrainte.
 
Proximité
 
On se sent au final totalement à leurs côtés, du fait de ces choix. On reçoit une petite part de leurs existences au sein d’un pays que le soleil éclaire beaucoup, mais où le réel mord les plus démunis venus d’autre part, comme dans d’autres. Ce climat passe à travers les images, de manière sensible.
 
Les deux personnages centraux luttent pour survivre, et de manière logique, le long-métrage emprunte des sentiers à l’atmosphère plus ardue, plus directement sombre. Au fil de leurs pérégrinations, qui les poussent vers des déplacements de plus en plus lointains en quête de mieux, leurs rêves s’amenuisent, en fait. Du même coup, il apparaît normal qu’ils se confrontent de manière de plus en plus crue au réel, et au peu de solutions qu’il leur laisse. Normal, donc, que le film se teinte de sombre. Ce faisant, les scènes apparaissent un peu plus brèves, coupées de façon un peu plus tranchante. On ne perd jamais en route l’humanité des protagonistes, du même coup. Bien que tout ne soit pas rose à la fin, cette note sur laquelle on nous laisse parvient donc à sonner de façon non désespérante.
 
Dirty, Difficult, Dangerous sortira dans les salles de cinéma françaises le 26 avril 2023, distribué par JHR Films. Projeté dans le cadre du Cinemed 2022, en Compétition pour l’Antigone d’or, il sera montré également les 21 et 24 novembre pendant les Entrevues, à Belfort, en Compétition pour le Grand Prix Janine Bazin.
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Visuel : © Intramovies
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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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