Cinema

Deauville, jour 2 : l’humour noir de Dupieux, la poésie de Blue Ruin et l’action de  White House Down

Deauville, jour 2 : l’humour noir de Dupieux, la poésie de Blue Ruin et l’action de White House Down

02 septembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Encore une journée idyllique sur les planches. Joli temps pour des films qui ont décliné la catastrophe, sous toutes ses coutures.

Apprenant de nos erreurs hier (voir le live-report du jour 1), nous n’avons pas manqué cette fois-ci la projection presse du matin. Horaire fixé : 8h30. Bon, comme à Cannes. Sauf qu’en plus il fallait choisir ! Entre le pointu et décalé film de Quentin Dupieux « Wrong Cops » et le blockbuster du soir que nous savions de source sûre ne pas être réussi, même dans son genre : « White House Down ». Sachant qu’on a déjà souffert et rit cette année de « La chute de la maison blanche » (exactement le même scénario) avec Morgan Freeman comme au bon vieux temps des nineties, nous nous sommes dit que le président survivrait encore une fois et que même si le président mourrait, vive le président !

Et avons donc opté pour les flics crapuleux de Quentin Dupieux. Les « Wrong cops » qu’il met en scène sur de l’électro tambourinante (mais léchée) sont vraiment affreux, sales et méchants : entre celui qui vend de l’herbe en la cachant dans des cadavres de rats morts, celui qui profite de son uniforme pour forcer les jolies filles à lui montrer leurs seins, le plumitif qui a fait des photos porno gays dans sa jeunesse et la blonde refaite et manipulatrice, l’insensibilité, la médiocrité et l’écœurement atteignent des sommets dans ce film à la fois surréaliste et trop proche de la réalité pour faire sourire. Même les efforts de composition de notre comique national, Eric Judor (en technophile borgne) et les simagrées sympathiques d’un Marilyn Manson toujours parfaitement adolescents ne rattrapent pas ce niveau de dessous le caniveau (la braguette, c’est trop haut). Film d’atmosphère diablement réussi, donc, un peu comme si Houellebecq avait croisé Wes Anderson. Mais côté scénario, la faiblesse est certaine, et certains ont craqué face à tant de laideur gratuite à la séance de 17h… A recommander aux cinéphiles qui ne tournent pas vite (de) l’œil.

Pour la deuxième partie de la matinée, TLC s’est scindée en deux équipes : l’une est allée voir l’excellent documentaire de Penny Lane, « Our Nixon », réalisé à partir d’images d’archives (critique à venir), et l’autre a poursuivi sagement l’exploration de la compétition avec un troisième « blues » en deux jours (après « Blue Caprice » et « Blue Jasmine », hier) : le tout jeune Jérémy Saulnier (voir photo) est venu présenter son « Blue Ruin » produit à partir de fonds réunis sur Kickstarter et d’ores et déjà sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, cette année. Le résultat est un film noir sur la vengeance, où le rythme et la mise en scène coupent le souffle de suspense et de beauté. Ce n’est qu’après avoir décanté les plans magnétiques du film qu’on se met à réfléchir sur son caractère absurde et les placards des maisons croulant d’armes à feu … Un vrai coup de cœur dans cette compétition très « bleu nuit » centrée sur les instincts de morts les plus authentique mais les plus angoissants, aux Etats-Unis.

En sortant de la caverne géniale de Jérémy Saulnier, nous avons croisé les jurés du prix de la fondation Cartier qui posaient (et passaient) devant le Casino (photo) et nous avons décidé de profiter un peu du soleil de l’après-midi. Pause donc, jusqu’au soir, où les échos qui nous sont parvenus du blockbuster « White House Down » de Roland Emmerich, nous a conforté dans notre choix (très) matinal, même si Channing Tatum en déploiement spécial pour sauver le président et sa fille a beaucoup plus de sex-appeal que Mark Burnham en slip blanc dans le Quentin Dupieux…

Lundi 2 septembre, la rédaction fait sa rentrée, il était donc temps pour une partie Toute La Culture de plier bagages et de revenir vers la Capitale ; L’autre moitié est encore présente jusqu’à jeudi au Festival du film américain dont vous aurez des échos quotidiens et des critiques pointues.

visuels : photos de films et (c) yael hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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