Cinema
[Critique] « Au nom du fils », Vincent Lannoo questionne et étonne

[Critique] « Au nom du fils », Vincent Lannoo questionne et étonne

06 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Belge, corrosif, intelligent, et très bien mis en scène: ainsi apparaît, dans toute sa blancheur maculée de rouge, le nouveau film de Vincent Lannoo (lisez notre entretien). Laissez-vous surprendre par ses gags sans compromis, très noirs, vecteurs d’une réflexion ouverte bien comme on aime.

[rating=4]

Au nom du fils 2D’emblée, Au nom du fils nous emmène sur le terrain de la maîtrise technique. Hum, ce son travaillé, clair et percutant… Hou, ce rythme diabolique, qui nous surprend… Aïe, ces interprètes enragés, qui savent aussi n’en laisser rien paraître… Et ces premiers gags, qui surgissent au sein d’un univers très quotidien, qu’ils font exploser. Intelligemment. On reconnaît ici des traces du Dogme édicté par Lars von Trier, Vinterberg and co en 95, là des touches d’humour belge des grands jours, et par dessus tout ça, une vraie personnalité de réalisateur. Qui s’interroge et interroge, en ne forçant personne.

Qui sont les personnages qu’il nous présente ? Une mère de famille, Elisabeth, animatrice sur les ondes d’une radio religieuse, amenée à accueillir dans son foyer un ecclésiastique, le père Achille. Une suite d’incidents macabres va l’amener à perdre son mari, puis son fils aîné. Entraînant une très dure mise à l’épreuve de sa croyance… Oui, le film est corrosif. Et même à la limite de la radicalité, dans sa description des actes commis par une femme en pleine crise de foi. Mais justement, on la voit, cette crise. Et tout n’est pas blanc ou noir. Elisabeth (excellente Astrid Whettnall) n’est pas une héroïne: elle n’est jamais montrée que comme une femme ordinaire, au quotidien marqué par la religion. Le Père Achille, lui, demeure attachant (mention spéciale à son interprète, Achille Ridolfi). Et pour le reste du casting, la nuance règne également: elle vaut par exemple pour Philippe Nahon, qui incarne un prêtre à la fois dur, réconfortant et terriblement humain avec l’engagement et la sensibilité qu’on lui connaît.

Surtout, l’humour noir emporte le morceau, car il est intelligent. Il secoue, mais en posant des questions. Pas de façon gratuite. Et il laisse les portes ouvertes, en restant le pendant des scènes dramatiques. On peut trouver, par contre, qu’il y a un peu trop de morts du côté religieux… Par rapport aux personnages principaux, ces silhouettes ont un peu moins « leur chance » dans le film (idée expliquée par Vincent Lannoo dans son interview). Mais Vincent Lannoo dit que sa fin n’a pas un sens unique. Alors… On se sent bien. Tout ceci fait rire, un peu réfléchir, effraie parfois, et ouvre sur des interrogations. La fonction du cinéma, quoi. Car n’oublions pas qu’Au nom du fils n’a pas qu’une dimension pamphlétaire: il reste avant tout du cinéma. Du très bon cinéma.

Au nom du fils, un film de Vincent Lannoo avec Astrid Whettnall, Zacharie Chasseriaud, Achille Ridolfi, Philippe Nahon, Albert Chassagne-Baradat. Comédie noire belge, 1h24.

Visuel : Au nom du fils, 2014 © Eurozoom

RF8 : le site de musique en ligne lancé par Radio France
[Interview] Vincent Lannoo : « Est-ce qu’Orange mécanique est un film belge ? »
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture