Cinema
Critique de Kill Me Please : pur concentré de Belgique, un film noir glacial

Critique de Kill Me Please : pur concentré de Belgique, un film noir glacial

03 novembre 2010 | PAR Gilles Herail

S’inscrivant dans la tradition du cinéma social satirique cher au plat pays, Kill Me Please est une œuvre exigeante qui bénéficie d’une liberté de ton rare. Une expérience cinématographique stimulante en salle le 3 novembre prochain. Synopsis : Le docteur Kruger est un pionnier décidé à faire entrer le suicide dans la modernité. Sa clinique reçoit une subvention gouvernementale afin que le suicide ne soit plus une tragédie, mais un acte médical assisté.

Les notes d’intention des producteurs soulignent une parenté avec le cultissime C’est arrivé près de chez vous et les œuvres du duo Delepine/Kerven, auteurs d’Aaltra et Louise Michel. Il est en effet impossible de nier les ressemblances entre ces différents univers, à la fois très inscrits dans des réalités sociales glauques mais transcendées par un comique noir et absurde. L’humour belge est ici évidemment (et heureusement !) présent pour jouer sur la noirceur du propos, à savoir une clinique où des déprimés chroniques viennent abréger l’enfer de leur vie.

Kill me please se détache cependant des susnommés par une atmosphère glaciale durant la quasi-totalité du film. Lorgnant parfois vers le film d’horreur gore, Kill Me Please s’amuse à perdre le spectateur dans un mélange des genres détonnant qui ne tourne jamais à l’exercice de style facile. A la fois faux documentaire à la C’est arrivé près de chez vous, série B horrifique, comédie noire et film social, Kill me Please offre un réel plaisir au spectateur cinéphile. Le décor participe à l’ambiance froide, voire glaçante: un château perdu dans la campagne belge dont l’isolement est souligné par le noir et blanc granuleux de la photo.

La troupe de comédiens est pour beaucoup dans la réussite du film. Poelvoorde rappelle une fois de plus qu’il n’est jamais aussi bon que quand il revient dans ses terres natales, avec le rôle troublant d’un acteur au bout du rouleau qui réclame son droit à mourir tranquille. Parmi les autres comédiens (tous très bons), on peut citer Virgile Bramly et Zazie de Paris qui arrivent à rendre très humains deux personnages relativement extrêmes.

Kill me please prend à bras le corps son thème forcément risqué pour l’amener petit à petit vers l’absurde. Comme Blier avec son « bruit des glaçons », Olias Barco arrive à rendre très crédible un postulat de départ improbable . Le réalisateur le dit lui même: ce n’est que par « excès de sérieux » que l’humour noir peut petit à petit s’installer. Les ruptures de tons s’intègrent donc finalement très logiquement dans le scénario qui tord le sujet dans tous les sens. Kill me please n’est certainement pas une œuvre grand public et peut désarçonner, notamment par son rythme en dents de scie. C’est aussi son intérêt. Pas besoin de beaucoup d’argent pour faire un bon film à condition de proposer un univers singulier. La preuve en est.

Gilles Hérail

Kill me please, un film de Olias Barco, Sortie le 3 novembre

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Gilles Herail

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