Cinema

« The House that Jack Built » : Lars Von Trier fidèle à lui-même [critique]

« The House that Jack Built » : Lars Von Trier fidèle à lui-même [critique]

24 septembre 2018 | PAR Simon Théodore

Après Nymphomaniac (2013), le réalisateur danois Lars Von Trier présentait hors compétition, au Festival de Cannes, The House that Jack Built. À l’occasion du 11ème Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, son dernier film concourait dans le cadre de la compétition internationale. Une nouvelle fois, il prouve qu’il est l’un des réalisateurs majeurs du cinéma contemporain.

[rating=4]

Réalisateur aussi provocateur que talentueux, le Danois Lars Von Trier ne laisse jamais indemne lorsqu’il sort un film. Avec lui, le spectacle est projeté à l’écran mais se déroule aussi en dehors. Ainsi, en 2011, au Festival de Cannes, durant la promotion de son film Melancholia, il avait été déclaré persona non grata suite à ses propos polémiques. Pour son retour à Cannes, nombreux furent ceux qui désertèrent la salle durant la projection de The House that Jack Built (lire notre critique cannoise du film).Actes militants ? Images trop choquantes ? Difficile de saisir le sens de tout cela mais, à l’évidence, quand l’art est grand, il suscite des réactions. Interprété par Matt Dillon, Jack est un serial killer, atteint de troubles obsessionnels compulsifs, qui voit dans le meurtre une certaine forme d’art. Dans ce film dont l’horreur monte crescendo, on suit, durant cinq actes, les différents méfaits du personnage.

Très bien écrit, le scénario s’appuie sur un remarquable Matt Dillon pour interpréter le personnage principal. Certaines scènes comiques allègent un propos dominé par l’humour noir et la violence. Par l’intermédiaire de ce tueur en série, Lars Von Trier établit un parallèle entre le meurtre et l’art. Avec ce thème provocateur, le réalisateur explore aussi l’idée de dissocier l’œuvre de l’artiste. Ainsi, on se prête à penser qu’une partie du vécu du Danois se retrouve dans Jack. La question des frontières dans l’art est un thème cher à ce réalisateur et, une nouvelle fois, il s’est attaché à jouer avec ces limites. Que faire d’une scène où une femme se fait séquestrer et mutiler dans ce contexte si particulier de scandales sexuels qui agitent le cinéma aujourd’hui ? Que faire de cette démarche de vouloir représenter une expérience nazie lorsque l’on connait les frasques verbales du cinéaste ? Difficile donc de rester stoïque devant ce film.

La montée en puissance du film est d’une grande efficacité sur le plan esthétique. De plus en plus horribles, les crimes et leurs représentations gravissent l’échelle de la cruauté et les références à l’art pour diviser les actes participent à cette volonté de perturber le spectateur. Lars Von Trier se fait d’ailleurs un plaisir d’incruster des références à son propre cinéma, comme pour perdre le spectateur, brouiller sa réflexion et/ou se justifier. Les deux premières heures du film se laissent donc admirer comme un thriller macabre et intense. Cependant, le dernier acte, faisant office de dénouement, est dispensable. Plus abstrait et symbolique, ce long épilogue permet, néanmoins, malgré une lenteur et un surplus d’images certain, d’ouvrir la discussion sur la culpabilité de Jack. Par son intermédiaire, cela entretient la figure provocatrice du réalisateur danois.

En somme, avec The House that Jack Built, Lars Von Trier reste fidèle à lui-même et continue d’alimenter les débats au sujet de son cinéma et de sa personnalité. Les adeptes du genre devraient apprécier tandis que les autres seront embarqués dans l’univers morbide de Jack, emmené par un excellent Matt Dillon.

The House that Jack Built de Lars Von Trier. Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman. Drame/thriller. Durée : 2h30.

Visuel : © Affiche du film.

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