Cinema

Melancholia, de Lars von Trier : entre l’infiniment grand et l’intime

Melancholia, de Lars von Trier : entre l’infiniment grand et l’intime

13 août 2011 | PAR Olivia Leboyer

Avec Melancholia (Prix d’interprétation à Cannes pour Kirsten Dunst), Lars von Trier filme la dépression profonde d’une jeune mariée et nous plonge dans une sidérante fin du monde. Un film d’une belle ampleur, grave et onirique. Sortie le 10 août 2011.

Melancholia n’hésite pas à mêler le thème de la fin du monde, la (sublime) musique de Wagner, le symbolisme des éléments : pourtant, étonnamment, le film reste pudique et intimiste.
Dans une première partie, le grand mariage de Justine (Kirsten Dunst)  organisé par sa soeur (Charlotte Gainsbourg) se déroule interminablement, dans un climat de plus en plus étouffant : tout commence bien, les jeunes mariés semblent amoureux et heureux (John Hurt est très bien, dans un rôle délicat), mais il suffit d’un petit accroc, d’1m50 qui manquent pour que la limousine passe dans un sentier et, déjà, tout va légèrement de travers. Un peu comme ces cadres que l’on accroche au mur et qui penchent insensiblement… Dans un jeu de miroirs déformants, Lars von Trier traque la montée de la panique chez Justine. Les éléments du bonheur sont réunis, et la pente semble néanmoins inévitable. Avec ironie, Lars von Trier démonte les clichés de la famille heureuse et de la vie professionnelle épanouissante (on peut regretter une scène un peu lourde avec le patron). Avec une simple phrase, Justine transmet aux spectateurs son malaise : « J’ai l’impression que de grands fils laineux s’accrochent à mes jambes ». Melancholia progresse ainsi, nous communiquant par petites touches des impressions visqueuses, lénifiantes.
La seconde partie du film est une plongée hallucinatoire dans la psyché de Justine, qui pressent la fin du monde. Regroupé dans la maison de Claire, le tout petit noyau familial attend, dans une tension croissante, l’arrivée de la planète Melancholia. A mesure que Melancholia fonce sur la Terre, Justine paraît s’apaiser. Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg incarnent chacune une attitude face à la mort qui s’abat sur la Terre.
Certes, il n’est pas interdit de préférer la dépression filmée par Louis Malle dans Le Feu follet. Mais Melancholia frappe et touche le spectateur par le paradoxe qui tient tout le film : parler de quelque chose de très personnel avec le maximum d’effets (musique, symboles), mais aussi avec une extrême attention portée aux petites choses : les variations des sentiments et une sublime scène avec un « petit instrument-télescope ». Lars von Trier dose magnifiquement l’infiniment grand et le tout petit.

Melancholia, de Lars von Trier, Danemark, 2h10, avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, John Hurt, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling. Sortie le 10 août 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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