Cinema
[Compétition] « Die geliebten Schwestern », les amours triangulaires de Schiller

[Compétition] « Die geliebten Schwestern », les amours triangulaires de Schiller

08 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

Schwestern

Le réalisateur allemand Dominik Graf nous entraîne sur près de trois heures dans le torrent des amours de Friedrich Schiller. Pour le poète, l’amour parfait a la forme d’un triangle : entre la belle et sage Lotte et la fougueuse et talentueuse Linne, Schiller aimerait conserver l’équilibre. Un film nettement trop long, qui souffre de certaines lourdeurs.

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Alors que sa sœur Caroline a fait un beau mariage d’argent, la belle Charlotte traîne son ennui dans les salons, attendant en vain l’amour. Un jour, pourtant, un jeune homme la hèle depuis la rue, elle se penche à sa fenêtre et reçoit la flèche du coup de foudre. Pour le revoir, il lui faudra cependant compter sur l’aide de Caroline, plus directe, plus décidée. Schiller reverra donc Lotte, mais en même temps il rencontrera Linne. Pour lui, le coup de foudre sera double. Dans la nature idyllique, les trois jeunes gens vont connaître un bonheur parfait le temps d’un été. Puis, les complications de la vie et la délicate cartographie du cœur sèmeront la discorde et rendront impossible l’accès à ce Paradis perdu. Et celle des deux sœurs qui partagera la vie de Schiller n’est évidemment pas celle qui occupera le plus ses pensées. Pour le poète, l’absence est un ferment d’amour plus sûr. Le beau triangle perd alors sa forme équilatérale, pour faire souffrir chacun des trois angles…

Avec une matière romanesque d’une telle force, Dominik Graf aurait pu réaliser un film épuré, centré sur cette figure si simple du triangle. Mais le récit s’enlise dans des scènes répétitives, trop explicatives et, peu à peu, le charme s’évapore. La beauté des trois acteurs, la justesse de leur jeu, ne parviennent pas à nous toucher véritablement, tant le film ploie sous les plans appuyés (zoom sur un plafond qui tourne pendant l’amour, rigoles de sang sur un pavé pour figurer la Révolution française, visages en plan fixe sur fond noir pendant la lecture des lettres en voix off, autant d’effets stylistiques peu réussis).

« Faites des phrases plus courtes » conseille Schiller à Linne qui se lance dans l’écriture d’un roman. Dominik Graf aurait pu suivre ce conseil…

Die geliebten Schwestern (Beloved Sisters), de Dominik Graf, Allemagne, 2014, 170 minutes, avec Hannah Herzsprung, Florian Setter, Claudia Messner, Henriette Confurius, Andreas Pietschmann. Berlinale 2014, compétition.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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