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Cannes 2019, Compétition : « Le jeune Ahmed », chronique d’un adolescent belge extrême par les frères Dardenne

Cannes 2019, Compétition : « Le jeune Ahmed », chronique d’un adolescent belge extrême par les frères Dardenne

21 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Doublement palmés à Cannes pour Rosetta (1999) et L’enfant (2002), les frères Dardenne, habitués de la compétition cannoise, nous impressionnent une nouvelle fois avec un film incisif et puissant sur un jeune bruxellois de 13 ans en pleine islamisation.

Elevé par une mère veuve, entouré d’une fratrie vibrante et modérément religieuse, Ahmed a beau être encadré par des pédagogues attentifs, il est fasciné par son cousin, mort en martyre. Avec son frère, il fréquente la mosquée locale et prend de plus en plus au sérieux les sourates, les hadiths, les prières mais aussi le djihad. L’adolescent s’enferme dans une idée de la pureté et de la foi qui le mène au pire…

Chronique très serrée d’une tranche de vie brutale d’un adolescent européen et musulman, Le jeune Ahmed porte presque toute son intesité dans son titre évocateur et lapidaire. L’on suit un processus déjà engagé de fermeture chez un adolescent, avec un réalisme et une puissance qui font froid dans le dos.

Les seules longueurs du film sont les scènes d’ablutions et de prière, parfaitement justifiées et efficaces dans la propagation du malaise chez le spectateur. Cet enfant qui glisse, qui nous échappe, qui se dirige vers un autre mode de rationalité et vers le culte de la destruction, nous ne le comprenons pas, nous ne l’excusons pas, nous ne lui pardonnons pas. Nous suivons juste son terrible quotidien et celui de ses proches comme un couperet d’un réalisme insupportable.

Encore une fois, les frères Dardenne s’emparent d’un sujet clé pour nos sociétés européennes, avec une précision, un naturalisme et un sens si parfait de la mise en scène que l’on a l’impression d’entrer dans ce sujet. On sort de la projection d’autant plus secoués et prêts à réfléchir que la jeunesse est quand même là, avec ses étapes obligées (séparation des parents, séduction, apprentissage), malgré le voile froid et noir de la radicalisation et du culte de la mort.

Chapeau bas aux réalisateurs et aux deux jeunes acteurs qu’ils révèlent cette fois-ci et qui feront certainement un long chemin : Idir Ben Addi et Victoria Bluck. 

Le jeune Ahmed, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson, Othmane Moumen, Belgique, 1h41, en compétition.

visuel : affiche officielle / Diaphana

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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