Cinema
[Berlinale] « Love is strange » d’Ira Sachs, très joli film sur un mariage homosexuel

[Berlinale] « Love is strange » d’Ira Sachs, très joli film sur un mariage homosexuel

08 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

Après Keep the lights on (Teddy Award 2012), Ira Sachs nous offre un film plein de charme et de subtilité. Très loin du film à thèse, une belle histoire d’amour, humaine et lumineuse. Coup de cœur.

[rating=4]

Dans la scène d’ouverture, nous assistons au réveil de deux amants, George (Alfred Molina) et Ben (John Lithgow) et à leurs préparatifs en hâte : les deux hommes se font beaux pour célébrer leur mariage. Ils sont ensemble depuis près de quarante ans et, dès la légalisation du mariage à New York (2011), ils désirent naturellement célébrer leur union. Euphorisante, la scène de la noce, décontractée et chic, se déroule dans la bonne humeur et en musique. Tous deux sont artistes : George professeur de musique et Ben, peintre. Tout semble s’enchaîner à merveille, jusqu’à ce que le recteur de l’école de musique convoque George pour lui signifier son licenciement. Son mariage avec Ben contreviendrait aux principes de l’Eglise.

Au lieu de débuter leur mariage comme un long fleuve tranquille, les deux époux sont donc forcés de vendre leur bel appartement et de demander asile aux membres de leur famille et amis. Bienveillants, compréhensifs, ces derniers vont néanmoins devoir supporter une cohabitation parfois encombrante. Love is strange possède un charme fou. L’alchimie entre Alfred Molina et John Lithgow est palpable. En vieux amants (trente neuf ans de vie commune !) élégants et cultivés, brusquement obligés de se plier à de pénibles accommodements, George et Ben sont adorables et touchants. Entre des moments cocasses et des séquences plus mélancoliques, Ira Sachs trouve un bel équilibre. Marisa Tomei joue la nièce par alliance de Ben et, comme toujours, on remarque sa présence rayonnante (The Wrestler de Aronofsky, 7h58 de Sidney Lumet ).

Rien de cliché ou de démonstratif ici, mais une délicatesse, une pudeur et une vraie bienveillance envers les personnages. On suit une tranche de vie, contée sur un ton doux-amer et toujours souriant, malgré les épreuves. Etrange, l’amour ? Bizarre, étonnant et si simple, ce sentiment illumine le film avec la force de l’évidence.

Love is strange, qui concourt dans la section Panorama, pourrait bien remporter un Prix du public. Chaleureux, humain, dans un Manhattan baigné d’une jolie lumière dorée, le film séduit et enchante.

Love is strange, de Ira Sachs, USA, 98 minutes, avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei, Darren Burrows, Cheyenne Jackson. Berlinale 2014, section Panorama.

visuels: photo et affiche officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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