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[Live report] Bartok et Sibelius par le philharmonique de Radio France, Sergej Krylov et Vasily Petrenko

[Live report] Bartok et Sibelius par le philharmonique de Radio France, Sergej Krylov et Vasily Petrenko

08 février 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce vendredi, l’Orchestre Philharmonique de Radio France donnait à entendre le Concerto pour violon et orchestre n°2 de Bartok accompagnant le violoniste Sergej Krylov, ainsi que la Symphonie n°1 en mi mineur opus 39 de Sibelius. Si la prestation virtuose de Sergej Krylov fut remarquable c’est bien la direction du jeune chef d’orchestre Vasily Pretrenko et la symphonie de Sibelius qui nous éblouit et nous enchanta ce soir.

Le Concerto pour violon et orchestre n°2 de Bartok est d’une redoutable difficulté. Considéré comme l’un des plus difficiles du répertoire pour violon, il est proprement destiné aux plus virtuoses des violonistes. Pleine de contraste et d’ambiguïté, l’oeuvre oscille sans cesse entre douceur et rudesse brutale, que lui confèrent particulièrement les passages les plus habiles et arrachés de la partie de violon, sans jamais toutefois être sombre.  Le premier mouvement débute calmement, le décor se déploie petit à petit jusqu’ à l’entrée du soliste. Sergej Krylov révèle alors un timbre rond, grave, chaleureux. Puis, très rapidement, la partie se corse et devient plus ardue et rugueuse. D’une maîtrise inébranlable Sergej Krylov nous apparaît d’emblée être l’archet idéal pour l’exécution de cette œuvre. Des cordes frottées sauvagement, aux doubles cordes martelées, en passant par l’effleurement sensible et pianississimo des cordes les plus aigües, les glissandos larges et dégoulinants, le violoniste exécute le concerto et saute les obstacles avec une agilité, une aisance, et une légèreté incroyables. La difficulté sous sa main ne transparaît à aucun moment. Aucune tension dans le jeu ni dans la gestuelle, malgré la rythmique extrêmement marquée, comme dans la cadence de fin de mouvement.

Derrière lui, l’orchestre fait preuve d’une grande solidité sous la baguette extrêmement précise du jeune Vasily Petrenko. Du deuxième mouvement l’on retiendra la lumière particulière des premiers instants de la partition que sublimera le timbre ambré de l’artiste, le ménagement de l‘effet de surprise, magnifiant tout le mystère de la pièce. Pour finir,  l’on retrouvera au dernier mouvement, l’emportement, l’effervescence du premier. Toutes considérations purement techniques mises de côtés, Sergey Krilov arrivera également à faire ressortir l’esthétique musicale, les réminiscences des folklores d’Europe de l’est et l’effervescence présente dans la pièce. Une exécution brillante, vivifiante, grisante qui épatera le public. Pour continuer dans la performance, l’artiste, largement réclamé par le public donnera en premier bis une version arrangée du célèbre Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 pour orgue de Bach, puis en second bis le cultissime 24e Caprices de Paganini.

Après l’entracte place à l’univers fantastique et féerique du finlandais Sibelius avec l’exécution riche et éblouissante de la Symphonie n°1. Vasily Petrenko, de sa jeune baguette sublimera de bout en bout l’œuvre et nous hypnotisera véritablement. Sa direction d’une précision et d’une subtilité implacables, magnifiera les passages les plus puissants, jouant sur l’ampleur de l’orchestre, autant que les instants les plus doux, imposant cette fois une rondeur calme et sensuelle. Petrenko vit entièrement et intérieurement la musique, il donne et sait insuffler, inoculer aux musiciens le mouvement, l’intention musicale, tout en leur permettant la liberté d’expression. Il est des chefs qui imposent leurs visions, et considèrent l’orchestre comme un tout, sans tenir compte des qualités musicales de chaque musicien, et d’autres attentifs à l’expression individuel, se servant de cette richesse et travaillant autour de cela. Nul doute que Vasily Petrenko fait partie de la seconde catégorie, comme en témoignera le début du premier mouvement, introduit par la clarinette à peine soutenu par la timbale. Aucun signe de baguette du chef pour donner le départ, en total confiance il laisse son musicien s’exprimer.

Ainsi, tout au long de l’œuvre, il permettra à chacun d’exister, fera ressortir les timbres par la parfaite maîtrise des nuances. Alors que les cordes forment parfois un tapis sonore bien présent, elles n’étoufferont jamais le son des bois particulièrement mis en lumière par les nombreux relais mélodiques qui leurs sont attribués. Grâce à tout cela, Petrenko a su tirer le meilleur de Sibelius, faire ressortir toutes les couleurs, les paysages et la magie caractéristique de l’univers du compositeur finlandais. Du premier mouvement, il magnifiera la profondeur, l’ampleur et l’on remarquera particulièrement le jeu sur la rupture et les coupes franches qu’il effectuera comme pour mieux faire ressortir les acmés intenses. Du second, le merveilleux légendaire et doucereux, rutilant et rayonnant des contes pour enfant nous semblera apparaître. Enfin, des troisième et quatrième mouvements il sublimera l’ardeur bouillonnante, à la fois dramatique et euphorique. Une exécution exceptionnelle, admirable, dont on ressort plus qu’enchanté, choqué de tant de talent autant que de la splendeur de l’exécution. Vassily Petrencko jeune baguette déjà très en vue a sans aucun doute toute les qualités pour compter parmi les plus grands maestro de son temps.

Concert à réécouter en podcast  ICI.

Visuels:Site francemusique © Artists Management Company & Vasily Petrenko © Mark McNulty

Infos pratiques

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BRION-Christine

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