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Cannes, jour 4 : magnifique Jeanne, salutaire Solanas, décevant Bonello

Cannes, jour 4 : magnifique Jeanne, salutaire Solanas, décevant Bonello

19 mai 2019 | PAR La Rédaction

Ce samedi battant au cœur du Festival a été marqué par une pluie diluvienne… qui n’a pas empêché les découvertes, coups de cœur et coups violents.

La matinée a commencé sous une pluie battante par la salle Debussy et Un certain regard avec une plongée au cœur du queer new-yorkais. Née à San Francisco, Danielle Lessovitz raconte l’expérience essentielle de la rencontre avec cette ville – via Port Authority (titre du film) et Harlem- d’un jeune homme un peu perdu qui fera ses armes à la rencontre des différences. Un film léché, qui aborde le thème chaud du genre, met en scène l’égérie queer Leyna Bloom et qui pourtant se heurte à certains conformismes du genre « roman d’apprentissage ». A voir pour les acteurs. Lire notre critique.

Vers les 11h, nos rédacteurs adeptes d’avant-garde et d’aventure se sont plongés dans un film véritablement magnifique, en section Un certain regard : Jeanne. Une oeuvre via laquelle le réalisateur adepte des partis pris, Bruno Dumont [sa montée sur la scène en photo], donne une suite à son Jeannette, l’Enfance de Jeanne d’Arc, sorti en 2017. Cette fois, plus de danse effrénée sur le sol de la campagne aride au son de l’electro violente de l’artiste Igorrr : la toute jeune Jeanne (toujours jouée par Lise Leplat Prudhomme, impressionnante de bouillonnement intérieur, et toute intimidée au moment de présenter le film sur scène) est devenue une chef d’armée en plein doute. On la suit dans un XVe siècle rural et immobile, alors qu’elle est en attente des batailles à venir, et des adversaires à blesser. Puis surtout, alors qu’elle est jugée par l’Eglise française qui suit l’autorité du roi britannique Henri VI. Dans ce film, c’est le chanteur Christophe qui signe la bande originale, et interprète magistralement des poèmes de Charles Péguy. Devant la caméra, des acteurs non-professionnels aux phrasés très décalés s’activent toujours, donnant à voir un XVe siècle rêvé. Plus que jamais, la réalisation de Bruno Dumont se pare d’humanité, et cette fois, le fond est là, et il réfléchit profondément sur la religion chrétienne et ses maîtres à penser, dans les siècles anciens. Un film risqué et magistral, clairement au sommet de la filmographie du cinéaste.

A 16h45, pour la projection du documentaire de Juan Solanas, Que sea ley, la salle du Soixantième s’est parée de vert. Le vert des foulards disposés sur les têtières des fauteuils [voir photo]. Les « pañuelos verdes » sont le symbole de la lutte des femmes argentines pour le droit à l’avortement, toujours illégal dans la majeure partie des pays sud-américains. Le poing levé, scandant le titre du film et entonnant des chants féministes, des militantes de Buenos Aires sont venues en masse soutenir le cinéaste, fils de Fernando Solanas, réalisateur devenu sénateur, présent lui aussi à la projection. Un film salutaire et riche de mille témoignages édifiants.

Notre interview de réalisateur Juan Solanas,, par Alexis Duval est à regarder ci-dessous : 

A 17h, nos rédacteurs adeptes d’avant-garde et d’aventure se sont plongés dans le film choc de Cannes 2019, en section Un certain regard : Liberté. Probablement interdit aux moins de 16 ans (ou de 18 ans) quand il sortira dans les salles françaises, ce film semi-expérimental avec des scènes de sexe à la limite du porno, signé par le réalisateur espagnol Albert Serra [photo lors de la projection, avec son équipe] prend place dans une forêt perdue, au XVIIIe siècle. Un groupe de libertins sadiques, chassés de partout, s’y est réfugié, et y vit une nuit où le seul élément qui compte est la réalisation de fantasmes inavouables. Bondage à l’ancienne, douche d’urine, fessées, et récits de délire sexuels amoraux : voilà le programme de ce film aux personnages forts et aux partis pris tranchés, intéressant pour qui aime l’expérimental, l’underground, l’inattendu. Le réalisateur a prévenu : « Ceci est un film un peu déviant« . Une part des spectateurs n’a pas tenu.

Sur les coups de 18 heures, quand la plupart des membres de TLC sont en projection, nous nous sommes détendus sur la terrasse du 3.14 de #LaJournéeByTheLand. Et nous avons savouré les cocktails formidables composés par le mixologue du lieu, Lucas David. Vodka-yuzu, rhum-gingembre, gin-framboise… L’homme avance en funambule sur les notes de bouche. Et désarme les goûteurs les plus rétifs. La terrasse du 3.14 s’impose décidément comme LE lieu en apesanteur de la 72e édition, loin des turpitudes du Palais.

La soirée se termine pour une partie de l’équipe avec la projection du film de Bertrand Bonello, présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Zombi child nous égare dans sa narration et son propos : au-delà de quelques moments marquants, comme la terrifiante scène de vaudou finale, on en sort avec une angoisse aussi vive que celle provoquée par les nappes électroniques de la bande originale. Les jeunes filles de bonne famille de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur nous font parfois sourire quand elles tentent de se donner de mauvaises manières. Mais la succession de scènes entre leur quotidien d’études dans le Paris d’aujourd’hui et le Haïti des années 1960 du grand-père d’une des héroïnes ne nous a pas convaincus.

Et puis, d’autres ont choisi de se frotter aux épisodes révélés en ce Cannes 2019 de la très attendue série de Nicolas Winding Refn : Too old to die young, conçue pour Amazon Prime Video. Banco : dans cette production avec Miles Teller (la révélation de Whiplash) en vedette, ainsi que l’impressionnant John Hawkes et le revenant William Baldwin, le style du cinéaste est toujours là, coupant, esthétique, comme en suspension, avec ces dialogues où chacun laisse s’écouler dix secondes avant d’enchaîner avec sa réplique. Mais il se pare de plus d’humanité et de chair. On s’attache donc au parcours de Jones, flic-tueur qui évolue dans une ville gangrenée par l’attrait du mal et des meurtres secs. Le Festival a choisi de montrer les épisodes 4 et 5 : no problemo, le mélange a pris sans mal.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuels : © Toute La Culture – DR

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La Rédaction

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