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Embarquement au Havre de Raoul Dufy

Embarquement au Havre de Raoul Dufy

19 mai 2019 | PAR Emilie Zana

La nouvelle exposition temporaire au MuMa étudie pour la première fois le rapport houleux entre Raoul Dufy et le Havre, la ville natale au sein de laquelle il a fait ses premiers pas d’artiste.

Artiste prolifique au tournant du XXème siècle, Raoul Dufy (1877-1953) a touché à tout : peinture, aquarelle, dessin, céramique, textile… Au-delà de la richesse de son travail – qui n’est plus à démontrer, la nouvelle exposition du MuMa analyse la relation complexe qu’entretient l’artiste avec sa ville natale, une première pour le musée même si Dufy a déjà par le passé été exposé au Havre. C’est en effet à l’occasion du retour au MuMa en 2017 du célèbre Impression Soleil Levant (que Monet a peint dans cette ville) autour duquel ont été réunies plusieurs œuvres de Dufy que l' »évidence » est née, selon les mots des commissaires d’exposition Annette Haudiquet, directrice du MuMa, et Sophie Krebs, conservateur général du Patrimoine au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Cette exposition a fait l’objet d’une riche investigation et près de 80 œuvres ont été réunies, inédites pour beaucoup, provenant du fonds du Musée (alimenté par le legs en 1963 d’Emilienne Dufy, sa femme) et de collections internationales, publiques comme privées. 

L’exposition, dans un souci documentaire, retrace les moments clés de l’artiste. Entre expérimentations et inspirations liées à la recherche picturale de l’époque, son travail, richement coloré et malléable, suivra l’impressionnisme, le fauvisme, Cézanne, Matisse… Toujours en recherche de la « lumière et la couleur », Dufy ira jusqu’à enchaîner les tableaux avec le même motif pour l’atteindre.

Mais ce qui interpelle, c’est le lien particulier qu’entretient Dufy avec le Havre, le motif havrais et ses nuances étant sous-jacents de manière presque continue dans l’oeuvre de l’artiste. Véritablement imprégné par le Havre, et par la mer qui coule dans ses veines – « un scintillement » qu’il estime d’ailleurs indispensable dans la vie de tout un chacun – l’artiste ne cessera de garder en mémoire sa ville natale, le Havre n’est d’ailleurs « plus un motif mais un prétexte » pour peindre d’après Annette Haudiquet, reprenant les termes de Dufy. Il fera appel à son imaginaire en peignant la ville alors détruite par la guerre dans son ultime série des Cargos Noirs, autour des années 50, alors qu’il se trouve dans le sud de la France pour des raisons de santé.

En 1922, on pouvait lire dans la presse « Raoul Dufy a passé tout l’été […] dans un atelier donnant sur la mer, non pas sur le port, mais sur l’infini marin. […] Les spectacles multiples et changeants qui se suivent, la marche des nuages, les reflets de la mer et du ciel, il s’est efforcé de les fixer sur sa toile, rompant tout net avec les théories généralement suivies jusqu’à présent. […] C’est une débauche, une orgie de couleurs ; le soleil se couche dans sa magnificence, éparpillant toute la gamme du prisme. Les voiliers surgissent et disparaissent. La mer apparaît sous ses mille aspects, tragique, lourde et sombre, ou bien nacrée, avec d’infinies délicatesses. Dufy, à grands coups de pinceau, compose une truculente symphonie. […] » (André Warnod, Raoul Dufy ouvre ses fenêtres sur la mer, Comoedia, 18 novembre 1922, p.6). 

Des truculentes symphonies rassemblées en un même endroit, le MuMa, Musée d’art moderne André Malraux au Havre, du 18 mai au 3 novembre 2019.

 

Cette exposition s’inscrit dans le cadre d’Un Eté au Havre, la saison culturelle en lien avec les 500 ans du Havre fêté en 2017. Retrouvez l’édition 2019, et notamment l’oeuvre impressionnante de l’artiste brésilien Henrique Oliveira qui prend petit à petit racine dans les Jardins Suspendus de la Ville, un magnifique jardin botanique aménagé dans un ancien fort militaire.

 

Visuels : affiche, vues de l’exposition et double page du catalogue d’exposition

  • La Baie du Havre et de Sainte-Adresse, vers 1939-1945
  • Souvenir du Havre, 1921
Cannes, jour 4 : magnifique Jeanne, salutaire Solanas, décevant Bonello
Cannes 2019, Un certain regard : « Liberté », tentative hardcore et forte signée Albert Serra
Emilie Zana

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