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« Impression, Soleil Levant » : quoi de neuf sous le soleil ?

« Impression, Soleil Levant » : quoi de neuf sous le soleil ?

18 septembre 2014 | PAR Géraldine Bretault

Le simple titre Impression, Soleil levant, suffit à emporter notre imaginaire vers les origines de l’Impressionnisme, avant le succès international du mouvement qui a valu à ce magnifique tableau de se retrouver décliné à l’infini sous forme de produits dérivés. Reste-t-il quelque substance à épuiser derrière le mythe ? Le Musée Marmottan rouvre le dossier.

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C’est une sorte d’exposition-dossier grand format, qui nous attend au musée Marmottan. Une monographie consacrée à l’étude d’une toile unique, dans tous les sens du terme. Deux modes exploratoires sont ici adoptés : d’une part, l’avant et l’après, soit les sources et la réception critique de l’œuvre ; et d’autre part, une analyse topographique et astronomique de la toile.

Des chercheurs français et américains ont en effet uni leurs connaissances pour parvenir à proposer une datation précise de la toile, heure comprise. À quoi bon, me direz-vous, tenter de connaître l’heure exacte à laquelle Monet s’est approché de sa fenêtre d’hôtel ? Et bien parce que la toile a longtemps été conservée sous le titre d’Impression, soleil couchant. Cette étude a permis non seulement de rétablir la fraîcheur de l’aube sur la toile, mais aussi de déterminer l’endroit exact d’où elle a été peinte, soit très certainement l’hôtel de l’Amirauté, sur le Grand Quai, alors considéré comme le meilleur de la ville.

Le Havre est un port à l’agencement complexe, qui connaît déjà une forte activité en cette fin de XIXe siècle. Il présente la particularité de conserver un niveau d’eau presque constant pendant toute la durée de la pleine mer, ce qui permettait de laisser l’écluse ouverte pendant ce laps de temps, offrant un spectacle très prisé des photographes, dont Gustave Le Gray : celui des remorqueurs tirant les voiliers dans l’avant-port et dans les écluses. C’est donc bien ce saisissement devant la réalité moderne qui a déclenché le désir de peindre chez le peintre, probablement en une seule séance, sa fameuse toile.

Pour ce qui est des sources, les petites études de Boudin, célébrées par Delacroix, prêtés par la Tate, sont une merveille, mais l’on retiendra surtout la montée d’un motif, le port comme lieu de la modernité agissante, et non plus comme simple marine. Les commissaires ont d’ailleurs eu l’idée de placer une carte du Havre sous chaque cartel, ce qui permet de comparer les points de vue adoptés par les peintres ou les photographes. Un dispositif ingénieux et éclairant. Une vitrine est aussi consacrée au Havre de l’époque.

Après avoir admiré le soleil incandescent d’Impression, soleil levant, quasiment impossible à reproduire sur papier, le parcours s’intéresse alors à ses différents propriétaires, et tente de comprendre les revers de fortune d’un tableau qui fut montré à deux reprises dans les salons des Impressionnistes, avant d’être racheté par Ernest Hoschedé, puis revendu pour la modique somme de 210 Francs, dans l’indifférence générale. C’est donc aussi l’ascension critique d’un mouvement, et l’émergence de ces nouveaux collectionneurs privés qui nous sont contées, dans le droit fil de l’exposition précédente, Les Impressionnistes en privé. Pour son quatre-vingtième anniversaire, le Musée Marmottan-Monet s’offre une cure de légitimité, dont le visiteur ressort convaincu.

Visuel : (c) Claude Monet

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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