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Un été au Havre, entre géométrie et poésie

Un été au Havre, entre géométrie et poésie

12 juillet 2018 | PAR Laetitia Larralde

L’été dernier, Le Havre a fêté les 500 ans de sa création avec la première édition d’Un été au Havre. Prolongé jusqu’en 2020, le festival prend ses marques, consolide ses bases et place la ville dans le radar des curieux.

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Le 23 juin dernier, la deuxième édition d’Un été au Havre s’est ouverte par une nuit enflammée. La Compagnie Carabosse a installé sur la plage ses sculptures de feu, accompagnées par un concert de cent guitares électriques, devant un public de 50 000 personnes. L’anniversaire des 500 ans a transformé les logiques de la ville, l’utilisation des lieux, leurs accès, et c’est sur cette impulsion que les organisateurs du festival ont décidé de prendre appui. Avec pour objectif d’offrir une saison estivale vivante et foisonnante et de redonner à la ville une image de station balnéaire, pas uniquement de port industriel, trois parcours d’une demi-journée sont proposés. On se promène d’une œuvre installée sur un lieu ou un point de vue remarquable, à une exposition, en passant par les monuments du patrimoine de la ville et ses jardins.
Certaines œuvres de l’année dernière, plébiscitées par le public, comme les Catènes de containers de Vincent Ganivet qui mettent de la couleur dans un environnement monochrome, ou les jeux d’eau d’Impact de Stéphane Thidet, se pérennisent et redéfinissent la ville. Egalement adoptée par les havrais, la sculpture monumentale Up#3 de Lang/Baumann que l’on peut contempler assis sur l’un des sièges à roulettes des Anneaux de Veit Stratmann, installée sur la plage dans l’alignement de la Porte océane et de l’avenue Foch dans une logique haussmannienne, au départ construite en structure légère, a été refaite en béton teinté dans la masse.
Parmi les nouveautés de 2018, les œuvres de Fabien Mérelle encadrent le front de mer et racontent une histoire de voyage. A l’origine, située sur le port de plaisance, où l’artiste se représente portant un éléphant sur son dos, symbolise l’arrivée, avec le poids de ses problèmes et de son histoire, et Jusqu’au bout du monde, au pied des falaises du lieu-dit le bout du monde, statue contemplative au milieu de la force brute des éléments naturels, symbolise le départ, les yeux fixés sur l’horizon, droit, sa fille sur ses épaules. Ces deux représentations humaines contrebalancent la géométrie ultra cartésienne de l’architecture de Perret, et sont complétées par une exposition des dessins de Fabien Mérelle dans les locaux époustouflants de la bibliothèque Oscar-Niemeyer où on le retrouve dans diverses situations abracadabrantes.
Les jardins suspendus, sur les hauteurs de la ville, accueillent l’OVNI qu’est la Futuro House, projet architectural utopiste de Matti Suuronen restauré par Craig Barnes. Posé tout en haut du fort de Sainte-Adresse et offrant une vue panoramique sur la ville et la mer, on s’installe dans un des fauteuils de la soucoupe et on se laisse porter par la bande son aux accents de science-fiction des années 60 de Vincent Epplay, où se sont glissées quelques phrases de Gagarine.
Juste en dessous, Le Temps suspendu nous fait rentrer dans une sorte de capsule temporelle créée l’année dernière pendant le festival, où plus de 120 000 photos de havrais défilent sur un écran contrôlé par le public, témoins de leur temps.
Ces promenades poétiques et urbaines sont complétées par plusieurs expositions. Le Tétris accueille le festival Exhibit !, et l’exposition collective Paysage- Fiction, sur le thème de l’évolution de la représentation du paysage à l’ère du numérique. La nature et la technologie se mélangent, et la question commune aux œuvres de l’écologie mêle à la contemplation un sentiment d’urgence, de catastrophe imminente, d’éphémère, et crée des paysages hantés, habités par l’invisible.
L’exposition Né(e)s de l’écume et des rêves du MUMA s’intéresse aux imaginaires liés à la mer chez les artistes du XIXème et XXème siècle, au moment de l’apparition de l’océanographie et de la transformation du regard sur les océans et leurs abysses. Cette époque où la science créa de nouvelles chimères, les sirènes perdirent leurs ailes et gagnèrent une queue de poisson, a produit quantité d’œuvres très diverses, du tableau au cyanotype, en passant par les vases ou les films, et met en lumière le basculement de nos imaginaires avec l’irruption de la science.

S’inscrivant dans la lignée de son grand frère du Voyage à Nantes, Un été au Havre fait découvrir une ville surprenante qui petit à petit peuple son espace public d’œuvres ludiques et étonnantes.

Un été au Havre
23 juin – 23 septembre 2018

Visuels : L. Larralde / 1- cabane de plage / 2- les Anneaux de Veit Stratmann et Up#3 de Lang/Baumann / 3- Jusqu’au bout du monde de Fabien Mérelle / 4- Futuro House de Matti Suuronen et Craig Barnes / 5- Le Tétris / 6- Catènes de containers de Vincent Ganivet

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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