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[Cannes, Hors Compétition] « La Mort de Louis XIV », tentative subtile et fascinante

[Cannes, Hors Compétition] « La Mort de Louis XIV », tentative subtile et fascinante

20 mai 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Allongé pendant une heure quarante sept, le corps du Roi Soleil est traversé par ses derniers soubresauts. La caméra sobre d’Albert Serra enregistre cette agonie toute simple d’un monarque. Et la proximité atteinte finit par fasciner.

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La Mort de Louis 14 2Une pièce sombre, sans lumière extérieure, jouxtant une salle où des invités sont rassemblés. Mal en point, Louis XIV ne veut pas se joindre à eux. Nous sommes en 1715, et il va mourir. Est-ce sa dernière nuit, que le réalisateur Albert Serra va nous donner à suivre ? Ou des fragments de ses dernières semaines ? Pas facile à dire, tant il brouille le cadre temporel. On choisira de penser qu’il s’agit d’une nuit. Oui, avec le cinéaste, le choix est permis : des espaces sont laissés au spectateur afin qu’il rêve.

Totalement anti-spectaculaire, La Mort de Louis XIV suit, dans la pénombre, les gestes prodigués au souverain, et le ballet des médecins à son chevet. Jamais ne seront évoqués les aspects politique ou économique de la France au moment de sa disparition. C’est la mise en scène, par le roi et par ceux qui l’entourent, de ce décès, qui intéresse Albert Serra. Ses scènes épousent donc le rythme de ces petites actions, dramatisées juste ce qu’il faut : un dîner au lit composé d’oeufs, la prise d’un remède par le roi, le discours de celui qui l’a préparé et la demande d’embastillement exprimée à son égard par les autres médecins, le diagnostic définitif de la gangrène qui ronge le souverain… Le film respire au même rythme que le monarque, et ceux qui l’entourent. Il nous cueille, ainsi.

La Mort de Louis 14Jean-Pierre Léaud, lui, est cette masse qui s’éteint lentement, croquant des biscuits avec difficulté, demandant de l’eau contre sa fièvre… et s’autorisant quelques moments de sourire : une scène avec ses chiens, qu’il adore, une discussion grivoise avec son entourage… C’est son éternelle diction qui marque le plus, épuisée, proche de rendre l’âme, mais toujours ultra concrète.

Jamais sordide, et jamais académique, La Mort de Louis XIV est une expérience, qui constitue une réussite tant sa capacité à laisser voir quelque chose d’anodin, traversé de notes spectaculaires, est criante. A l’unisson du réalisateur, toute l’équipe – dont l’écrivain Olivier Cadiot, qui tient l’un des rôles – oeuvre pour nous plonger dans cette traversée lente, mais pas du tout ennuyeuse. Marquée par une volonté d’art et d’humanité.

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Visuels : © Capricci Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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