Cinema

[Cannes, Hors Compétition] « Gimme danger », un doc de Jim Jarmusch pas très fun

[Cannes, Hors Compétition] « Gimme danger », un doc de Jim Jarmusch pas très fun

20 mai 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

On a beau chercher, on ne trouve pas Jim Jarmusch dans ce documentaire consacré aux Stooges, groupe dont Iggy Pop fut le chanteur. Quelqu’un qui connaît déjà un peu leur parcours n’apprendra pas grand-chose à la vision de cet exposé scolaire et classique…

[rating=2]

The Stooges In the StudioLes Stooges méritent-ils un hommage cinématographique ? On a envie de dire oui. Parce que quasiment tous leurs membres sont morts les uns après les autres, au cours des dernières années. Parce que « I wanna be your dog » (1969) ne doit pas rester leur seule chanson ultra célèbre. Et parce que l’énergie des plus grands disques d’Iggy Pop, qui fut leur chanteur, ne serait pas là sans ces fameux Stooges. Cependant, la démarche adoptée par Jim Jarmusch déçoit. Un peu comme dans Paterson, également à Cannes cette année: lisez… Totalement chronologique, son documentaire se contente de nous relater l’itinéraire, rien que l’itinéraire, de ce groupe dont les membres connurent un succès fracassant pour commencer, puis s’abîmèrent dans les excès, furent approchés par Bowie, enregistrèrent ensuite l’album désormais classique Raw power, se séparèrent avant de se retrouver à l’aube des années 2000…

Les Stooges étaient porteur d’une énergie annonçant le punk, qu’on ne reçoit pas ici : extraits de concerts trop courts, et surtout absence d’analyse, y sont pour beaucoup. L’identité de leurs albums ne sera qu’effleurée. Le retour de 2007, fracassant, sera évoqué et montré en deux minutes. Sinon, Iggy, filmé par Jim Jarmusch, nous raconte sa vie, ou celles de ses compères… qui ne sont pas extrêmement passionnantes. Mis à part le guitariste de renfort James Williamson, dont on est amusé d’apprendre qu’il fit carrière dans l’informatique après les Stooges… On reçoit l’idée que ces garçons venaient de milieux en marge, et ont usé de cette origine sur scène. Mais on ne ressent pas leur hargne, on les regarde comme des monuments, c’est tout.

On aime voir les défunts membres s’exprimer, nous livrer quelques anecdotes… Mais tout cela ne décolle pas assez de l’aspect « documentaire hommage à un groupe de rock », déjà représenté pas mal de fois sur les écrans. Inutile de dire, enfin, que la réalisation ne compte pas la moindre idée pertinente. Le côté collage d’images façon cartoon n’imprime pas au film une identité.

Et puis, surtout, pourquoi avoir fait l’impasse sur les carrières solo, en particulier celle d’Iggy Pop ? Tellement riche et diversifiée… Sur un tel sujet, on aurait supporté une heure de plus, et le film aurait pu acquérir un contenu plus profond. Bref, pour reprendre le titre de l’un des meilleurs morceaux des Stooges, petit blues à l’aspect pourri et attachant : « Loose »…

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Visuel : © Ed Caraeff

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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