Pop / Rock
[Chronique] « Ready to Die » d’Iggy & the Stooges : dans un tombeau auto-caricatural, le roi Iggy se prépare bel et bien à mourir

[Chronique] « Ready to Die » d’Iggy & the Stooges : dans un tombeau auto-caricatural, le roi Iggy se prépare bel et bien à mourir

29 avril 2013 | PAR Bastien Stisi

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Iggy & the Stooges - Ready to Die

Iggy Pop, James Williamson et Scott Asheton, le tout réuni au sein de la même production studio ? Depuis 1973 et la brutalité  animale du légendaire Raw Power, on fantasmait vaguement sans  croire véritablement sur l’éventuelle recomposition du trio infernal. Six ans après la publication de The Weirdness, et après la disparition du guitariste Ron Asheton, le rêve est disponible depuis aujourd’hui dans les bacs, sur les dix morceaux qui composent ce Ready to Die, cinquième opus du nom. Les rêves, on le sait, peuvent cependant parfois emprunter des chemins tortueux résolument moins enthousiasmants que ce qu’ils laissaient présager originellement : après écoute, le retour d’Iggy et des Stooges est donc un véritable cauchemar…

La voix rocailleuse et caverneuse d’Iggy Pop, les riffs ténébreux et accrocheurs de James Williamson, les percussions vitaminées et régulières de Scott Asheton, le tout au service d’une prose simpliste et frontale…il y a quelques semaines, Iggy Pop, ses 66 balais et ses copains des Stooges (ou du moins ceux qui sont encore vivants…) balançaient sur la toile le premier extrait de Ready to Die, sobrement intitulé « Burn », qui laissait envisager un retour coriace et relativement probant. Malgré les larsens qui s’étirent pour ponctuer le morceau et la brutalité convaincante du titre, il faut bien l’avouer toutefois, les flammes de l’Enfer de « Burn » ne sont pas assez ravageuses pour parvenir à brûler qui que ce soit…Elles réchaufferont les plus fanatiques comme un radiateur mural poussé au max, à la limite.

Le disque est lancé, et rapidement, on aura la confirmation de ce que l’on savait déjà : l’iguane a définitivement oublié qu’il ne suffisait pas de faire du bruit et d’enlever son tee-shirt pour faire du punk. Et lorsqu’il s’essaye à des horizons musicaux plus divers, c’est encore pire ! Clappements de mains et chœurs affreux qui font passer Iggy pour un crooner sénile de maison de retraite (« Sex and Money »), sonorités pauvrement garages (« Gun »), blues sépulcral sans âme (« Unfriendly world »), saxophones illégitimes et désuets (« DD’s »)… « Ready to Die », sixième piste, lyrics prophétisant : il est bien dur de survivre et de terminer un disque à l’allure désolante qui, bien heureusement, ne dure qu’une trentaine de minutes.

http://www.youtube.com/watch?v=j_0b8RLJuPo

S’il convient de ne pas tomber dans le déni total, absolu et simplificateur, rien ne sert de s’en cacher toutefois : ce Ready to Die ne présente aucun intérêt notable. On s’en doutait. Mais comme Iggy et sa ceinture de dynamite en guise de ceinturon, il faut croire que l’on aime se faire du mal. Il faut croire aussi que l’on avait vu dans le retour de James Williamson, et par filiation, du trio le plus vociférant de toute l’histoire du rock, une bonne occasion de sortir l’illustre icône punk de la torpeur indigeste dans laquelle baigne sa discographie depuis deux décennies.

Il n’y a plus là de révolte, de gueulante libératrice, d’anticonformisme sauvage et provocateur : malgré la prétention d’un enregistrement et d’un mixage lo-fi et artisanal, il ne demeure que les résidus, pas toujours mauvais mais jamais franchement bons non plus, d’une carrière vieille de plus de quarante ans qu’il serait sans doute temps d’interrompre une bonne fois pour toutes. Iggy a beau se moquer ouvertement des critiques avec ce titre d’album faussement provocateur, la mayonnaise ne prend plus, et impose sur la langue et les tympans un goût de moisissure fade et périmée. Les bâtons de dynamite sont là : il ne reste plus qu’à les faire sauter.

Visuel © : pochette de Ready to Die d’Iggy & the Stooges

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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