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[Cannes 2021] Jour 8 : Le gros Rhume de Serebrennikov, l’épouvante Titane et les chansons des frères Larrieu

[Cannes 2021] Jour 8 : Le gros Rhume de Serebrennikov, l’épouvante Titane et les chansons des frères Larrieu

14 juillet 2021 | PAR La Rédaction

Encore une belle journée de projections sur la Croisette. Où entre le rhume du Petrov de Serebrennikov et les masques des personnages de Tralala, des frères Larrieu, le coronavirus a été très présent sur nos grands écrans. 

Par Geoffrey Nabavian et Yaël Hirsch

À 8 h 30, nous avons commencé la journée dans la climatisation un peu forte de la Salle du Soixantième, à nous demander si nous aussi nous n’allions pas l’attraper, le rhume du Petrov de Kirill Serebrennikov. Grande fuite et grande fièvre en avant, de bus en bus, de marche en quête, cette Fièvre de Petrov du réalisateur russe emblématique portait la signature de sa caméra libre et de sa mise en scène terriblement belle, virevoltante, mais aussi glacée. Les souvenirs d’enfance remontent, comme dans Leto, et c’est beau mais c’est surtout un bouquet d’images fiévreux qui peine à nous émouvoir vraiment…

À 10 heures, dans l’enceinte du Cineum, à Cannes dans le quartier de La Bocca, nous avons eu la possibilité de découvrir un autre documentaire montré cette année au festival dans le cadre de la section spéciale Cannes pour le climat. Animal est signé par Cyril Dion, qui avait connu un succès phénoménal en 2015 avec son film Demain, auquel avait participé l’actrice Mélanie Laurent. Cette fois, il s’attache à deux jeunes adolescents réunis par leur envie de militer pour l’écologie, étudiant les problèmes touchant gravement la Terre de nos jours, et s’échinant également à respecter davantage le monde du vivant, dont ils font eux-mêmes partie. Peu de choses à redire sur le propos, mais ce documentaire a une forme qui fatigue hélas un peu, trop clairement engagée et tombant un peu dans quelque chose de naïf. Bigger than us, autre documentaire présenté un peu plus tôt dans le même cadre à Cannes, avait également une forme un peu trop léchée, mais partait à la rencontre de jeunes très actifs, qui s’étaient donné des missions de première importance. Ici, on se passionne bien moins pour les deux héros.

À 11 heures, en revanche, on a eu rendez-vous avec un héros du quotidien bien plus attachant. Les Héroïques est un long-métrage de fiction montré Hors compétition, qui offre un rôle en or à l’acteur François Créton, entouré de Clotilde Courau, Ariane Ascaride et Richard Bohringer, et également coscénariste. Il incarne un marginal cinquantenaire, terriblement débrouillard, terriblement victime de l’alcool et de la drogue à certaines époques de son existence, terriblement attachant. Un homme essayant de se ranger, mais surtout montré en train de tenter de vivre sa vie, avec acharnement. Un film énergique et terriblement naturel, réalisé par Maxime Roy.

À 13 h 30, ensuite, on a réservé un billet pour un voyage au fil, hélas, d’un mauvais film : Invisible Demons, de Rahul Jain. Un documentaire, lui aussi montré dans le cadre de la section spéciale Cannes pour le climat, sur la pollution à New Delhi. Un sujet abordé sans axe, de façon globale mais surtout en surface, avec juste une suite d’images – un peu effrayantes pour certaines, certes – montrant les désastres étouffant la ville de façon planante et un peu poétique… On avouera qu’on n’a rien ressenti devant ce film aux partis pris très bizarres, essayant presque de « rendre triste et alarmé » sans rien donner à comprendre ou à ressentir. Un échec.

À 19 h 30, nous avions rendez-vous dans la suite 206 de l’hôtel Five, pour découvrir le travail de la créatrice Floriane Fosso, créatrice franco-belge-camerounaise, pionnière du luxe éthique. Alors que Floriane Studio existe depuis 2016, la styliste qui travaille pour 50 % de sa matière à partir de chutes de tissus et de cuirs de maisons de haute couture a voulu faire de ce Festival de Cannes un moment de retrouvailles, de fête et de renouveau. Très inspirée par le voyage dans ses dernières collections, Floriane, formée à la fois à la prestigieuse St Martin’s School et en école de commerce a décliné pour cette nouvelle collection le thème du « corporate glam« . « J’ai appris aux États-Unis qu’on pouvait être une femme d’affaires et oser un style un peu original », nous dit-elle. « On peut tout à fait négocier un gros contrat en immobilier dans une tenue qui nous ressemble. » Cette collection, qui a d’ailleurs été shootée ici même à Cannes sur le ponton d’une plage mythique, nous pouvons la découvrir sur des portiques : avec un grand coup de cœur sur la manière dont Floriane revisite le Bombers, une envie folle de se glisser dans son iconique jupe-tulipe et, côté accessoires, un faible pour la simplicité moderne de ses sneakers. Rayonnante et généreuse, la jeune femme s’entoure de marques qui lui ressemblent sur les valeurs éthiques (Aveda, I am not a Mermaid, Kure…) et travaille encore une partie du temps en famille… C’est d’ailleurs son frère et le meilleur ami de ce dernier qui sont cachés derrière les masques bijoux des deux DJ qui assurent le set accompagnant notre dîner gastronomique signé Adrien Cachot et Lori Moreau. Et c’est grâce à Floriane Fosso et son talent pour réunir les belles énergies que nous dégustons le déjà célèbre à Cannes foie gras mi-cuit, carotte en escabèche acidulée du Nomad, tout en rencontrant la très talentueuse Kenza Fortas, découverte avec Shéhérazade, et qui a fait la conférence de presse pour Bac Nord habillée par Floriane. Un très joli moment, à peine interrompu par une alerte incendie qui nous a tous précipités dans les escaliers de l’hôtel.

À 21 h 45,  nous avions rendez-vous avec Julia Ducournau. Elle nous avait saisis et éblouis avec Grave, à la Semaine de la critique en 2017, et elle est de retour à Cannes, en compétition officielle, avec Titane. On y retrouve brièvement Garance Marillier, mais l’héroïne sublimée est Agathe Rouselle, que la réalisatrice malaxe entre les genres et les stigmates, jusqu’à la limite de l’humain. Encore une fois, Julia Ducournau nous transporte dans son univers bien à elle : gore, au plus près de la chair, avec l’effroi et l’urgence de la mutation.  Son sens de la mise en scène est toujours là. Mais, malheureusement, malgré l’immense Vincent Lindon et un imaginaire puissant, Titane est trop gratuit dans ses violences pour dépasser la monstration de l’étrange.r.e.

À 0 h 15, nous étions habillés pour monter nuitamment les marches et découvrir le nouveau film des frères Larrieu, Tralala. Mathieu Amalric y promène une guitare électrique (puis un banjo) entre Paris et Lourdes… Comédie musicale bien encadrée (Dominique A, Étienne Daho et Bertrand Belin qui tient le rôle du frère supputé), Tralala pose la question de l’identité à la Française… Le casting est énorme (Balasko, Maïwenn, Mélanie Thierry, Galatea Bellugi…), les chansons sympathiques et le philosophique « Ne soyez pas vous-mêmes » plutôt sympathique… Tenu en haleine jusqu’à 2 h 30, le public a applaudi debout un bon quart d’heure… Conclusion des frères Larrieu : « À Cannes, comme à Lourdes s’opèrent des miracles ». Sortie du film sur nos écrans le 6 octobre. 

Visuels © YH GN

 

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