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[Cannes 2021, Compétition] L’Histoire de ma femme, un film romanesque plaisant, brillant, pas extraordinaire

[Cannes 2021, Compétition] L’Histoire de ma femme, un film romanesque plaisant, brillant, pas extraordinaire

16 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Cette adaptation du livre de Milan Füst est une coproduction européenne qui fait rire, un peu voyager, mais peine à étourdir, du fait de quelques choix qui coupent un peu l’émotion.

La première chose sur laquelle peut compter L’Histoire de ma femme, coproduction européenne dirigée par la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi – remarquée une première fois en France au cœur de l’été 2000 avec Simon le mage, puis signataire, dix-sept ans plus tard, du coup d’éclat Corps et âme, qui lui fit gagner l’Ours d’or à la Berlinale – est son héros. Une intrigue aussi romanesque – adaptée du roman du hongrois Milan Füst – nécessite un personnage central très charismatique : par chance, le film peut se reposer sur les épaules de son acteur, le néerlandais Gijs Naber, extraordinaire. Ici dans la peau d’un capitaine de cargo à la fois bonhomme et très dur à cuire, bon mais un peu bandit sur les bords parfois, il entraîne véritablement le spectateur à sa suite tant il impose sa force teintée d’une légère fantaisie.

Ce personnage principal, Jakob Störr, prend un jour la décision de se marier, à une épouse qui saura l’attendre lorsqu’il sera sur la mer. Un choix décidé surtout par commodité, par l’envie d’avoir une personne attentionnée et prête à aider qui l’attendrait entre deux voyages. Mais aussi, profondément, par le goût du risque : Jakob Störr est très joueur et n’a peur de rien. Par le plus grand des hasards, celle qu’il choisit se révèle être Lizzy – jouée par la star française Léa Seydoux – tornade séduisante, menteuse, assez riche, mondaine et aimant elle aussi plus que tout le risque. L’affection qui habite ces deux « aventuriers » va tenir, malgré leurs frasques incessantes.

Des rues de Paris aux mers ou aux ports, et en sept « chapitres », ce film déroule des situations à étincelles, excitantes sur le papier. La mise en scène parvient à intéresser car elle arbore un côté brillant, fouillant un peu les êtres passant devant l’objectif. Et la photographie, due à Marcell Rév, est très belle bien entendu. Côté émotion, en revanche, le bât blesse quelque peu. Ce n’est pas tant que le film soit froid ou pas assez rythmé, mais il fait se succéder ses petites péripéties dans une ambiance un peu acide, en divertissant et en touchant, mais sans atteindre à la folie ou au naufrage sentimental qui pourraient laisser bouleverser.

En fait, le montage gêne : les scènes apparaissent trop courtes, très souvent, comme coupées avant la fin, trop narratives ou trop ouvertement acides ou corrosives, et du même coup, l’émotion grave n’a pas le temps de se construire, de se développer et de grandir, jusqu’à envahir le spectateur. L’Histoire de ma femme demeure au final un film qu’on aurait aimé aimer davantage, et emporter avec soi, si les émotions qu’il donne à vivre n’étaient pas tant contrôlées, encadrées, afin qu’il ait au final un bel aspect. Un côté beau un peu excessif et étouffant.

L’Histoire de ma femme est présenté au sein du Festival de Cannes 2021, en compétition pour la Palme d’or.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021

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Visuel : © Pyramide Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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