Cinema

Cannes 2019, Jour 10 : avant la clôture, Suleiman en demi-teinte, et Justine Triet grande et forte

Cannes 2019, Jour 10 : avant la clôture, Suleiman en demi-teinte, et Justine Triet grande et forte

25 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Derniers feux, diversement reçus par l’équipe TLC, pour la Compétition cannoise 2019. Compétition qui s’avère au final très stimulante, dans l’ensemble.

Pour commencer, la section Un certain regard nous a ouvert les bras pour son dernier jour (le récapitulatif de ses Prix en 2019 ici). Le film chinois Summer of Changsha (du nom de la grande ville de Chine, située au bord de la rivière Xiang) nous a invité au sein de ses couleurs un peu grises, un peu belles, un peu désabusées mais assez vivantes. Réalisé par Zu Feng (acteur chez Zhang Yimou et Lou Ye), qui en tient également le rôle principal, il se lance à la suite d’un policier semi-dépressif, confronté à la mort sanglante d’un jeune homme, et à la rencontre avec la sœur de ce dernier, marquée par des drames personnels passés. Avec un arrière-plan social très présent et très dramatique, ce film d’enquête et d’introspection calme et triste parvient à imposer une personnalité, et à toucher un peu.

Vers 16h30, le réalisateur palestinien Elia Suleiman (Intervention divine, Le Temps qu’il reste) a fait son retour en Compétition, avec It must be heaven. Toujours expert en l’art d’orchestrer des chorégraphies burlesques, de faire chanter le vide et d’évoquer en fond des thèmes tristes, le cinéaste ne nous a cependant pas totalement convaincu cette fois. Il est difficile, parfois, de comprendre les symboles qu’il donne à voir, et l’arrière-plan de son film paraît un peu court, parfois…

A 19h30, Justine Triet nous a, elle, totalement convaincus avec Sibyl. Pour ce nouveau portrait de femme, elle s’allie encore à Virginie Efira (déjà dans le rôle principal dans Victoria) et conte cette fois un récit bien moins léger. Sibyl, donc, est une ancienne écrivaine à succès devenue psy, qui remet quelque peu sa vie en question. Mais Sibyl est aussi une femme très marquée par l’alcoolisme de sa mère : elle-même s’est trouvée du même coup victime de l’alcool à une époque, et est devenue la mère célibataire d’une petite fille… Dans sa vie à présent plus stable, elle prend comme patiente une jeune actrice en route vers le succès, éplorée et paniquée (Adèle Exarchopoulos, extraordinaire, jamais en force malgré ses scènes de quasi hystérie)… Servi par un splendide casting (où l’on retrouve aussi Niels Schneider, Gaspard Ulliel, ou encore Sandra Hüller, la révélation de Toni Erdmann), ce film l’est surtout par sa finesse d’écriture, qui le rend extrêmement prenant sur le fond. La maîtrise technique de Justine Triet et l’art du montage qu’on y découvre font le reste côté forme…

On a été ensuite tout heureux de retrouver, vers 23h, les équipes des films Sibyl et It must be heaven sur la terrasse située sur le toit de l’hôtel Marriott, autrement dit Chez Albane. Le prestigieux lieu de fête s’est révélé un cadre absolument splendide pour célébrer la fin du Festival. Champagne, bière et cocktails servis par des barmen et barmaids survoltés, petits mets absolument délicieux (chèvre chaud pané, petites parts de pizza à la courgette et aux épices…) et équipe du film d’Elia Suleiman dans un excellent mood dansant : tout était réuni pour un moment exceptionnel. Sans oublier la vue sur la Croisette, à contempler depuis la terrasse du restaurant adjacent… Et parmi les acteurs présents : Gaspard Ulliel, Adèle Exarchopoulos, Paul Hamy, Niels Schneider, Marina Foïs…

Et pour finir en beauté cette édition cannoise 2019, on a également fait un petit tour du côté du Nomade, bar à cocktails au cadre assez splendide, géré par l’équipe du bar Le Perchoir et par l’agence Cartel, et installé pour le temps du Festival sur le toit de l’hôtel cannois les Five Seas. Très jolie terrasse aérée avec bassin, sur laquelle on s’est décidé à siroter une petite bière avec citron vers les trois heures du matin, decorum coloré et chaleureux dans la lignée des aménagements parisiens opérés par le bar Le Perchoir, et festivaliers encore nombreux et énergiques au milieu de la nuit : un cadre absolument parfait pour fêter la fin de Cannes 2019. On a même tenté une entrée dans l’espace piano-bar – occupé à certaines heures par le pianiste Martial Paoli – où se trouvait, entre autres, l’un des jurés de la section Un certain regard en 2019, un réalisateur qu’on porte dans notre cœur, et avec lequel on a été heureux d’échanger quelques mots : l’argentin Lisandro Alonso. 

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Visuel : © Toute La Culture – DR

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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