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Cannes 2022, Un certain regard : Plus que jamais, film fait d’intensité et de délicatesse

Cannes 2022, Un certain regard : Plus que jamais, film fait d’intensité et de délicatesse

31 mai 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Un portrait de femme en crise qui tout à coup se lance seule dans un voyage, qui parvient à toucher de par sa réalisation, aussi sensible dans le registre réaliste que dans l’abstrait.

Le couple, la vie active, les amis, les conversations au sein desquelles les existences se racontent : Hélène connaît tout ça. Il s’agit de son quotidien, et tout à coup, il paraît lui peser. Elle se sent profondément atteinte et ne parvient plus à montrer bonne figure. Elle entreprend un voyage qui doit la mener, seule, en Norvège. Pour « savoir ».

Réalisatrice franco-allemande confirmée, Emily Atef empoigne ici un sujet pas forcément inédit, en cherchant il semble à traquer surtout la justesse des sentiments et des émotions. Elle a les compétences qu’il faut pour une telle tâche : elle parvient en effet à livrer des images belles, visant à apparaître esthétiques, mais également particulièrement habitées, emplies d’âme. Ses scènes dévoilent des sentiments à vif avec une mini distance qui permet à tout pathos d’être évité. On aime, également, qu’elle filme près des visages, qu’elle guette leurs changements d’expression, qui offrent l’accès idéal à ce qu’éprouvent les protagonistes là à l’écran.

Ces derniers sont parfaitement interprétés, avec au premier plan, bien entendu, une Vicky Krieps toute sensible, à laquelle on s’attache comme à l’habitude, et qui parvient avant toutes choses à rendre proche et bien humaine celle qu’elle joue. Elle forme le temps de quelques séquences un beau duo avec feu Gaspard Ulliel, lui aussi très juste, très incarné et habité.

La cinéaste a dès lors le loisir de faire côtoyer à ces séquences dans un cadre réaliste jouées de manière particulièrement sensible des images davantage abstraites, suggérant rêves et sentiments de façon non figurative. Une fois encore, elle les réussit, en restant sobre, en se concentrant sur l’essentiel. Ces phases-ci paraissent venir éclairer les scènes où l’intrigue avance, faisant d’autant plus ressortir la flamme humaine qui les habite.

Plus que jamais sortira dans les salles de cinéma françaises le 16 novembre, distribué par Jour2Fête.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2022

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Visuel : © Pandora Film

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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