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Cannes 2022, Un certain regard : Corsage, sa maîtrise, ses interprètes profonds, sa Sissi

Cannes 2022, Un certain regard : Corsage, sa maîtrise, ses interprètes profonds, sa Sissi

09 juin 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Une évocation d’Elisabeth Impératrice d’Autriche que l’on peut trouver bien conduite, entre attention au cadre historique et personnages humains et crédibles.

1877, Elisabeth d’Autriche dite Sissi, femme de l’empereur François-Joseph Ier, a quarante ans. Elle évolue au cœur d’un monde luxueux mais froid, en essayant d’imposer son caractère très vif et bien trempé dans son quotidien et dans les actions liées à sa fonction qu’elle effectue. Entre ennui, difficultés, incompréhension souvent de la part de son mari et petits coups de folie permis, elle trace sa route.

Dans ce film historique, la réalisatrice Marie Kreutzer porte son œil sur le cadre dans lequel son héroïne vit son existence : on sent une attention particulière portée sur les décors, soigneusement choisis. Crédibles, ils imposent leur nature souvent exiguë, même lorsqu’ils décorés avec des tissus luxueux. Par l’intermédiaire de la photo de Judith Kaufmann, la pierre nue et grise entre en résonance avec les tentures, via un subtil travail sur les couleurs, qui les fait briller à l’écran sans les rendre trop signifiantes. On se sent donc plongé dans cette époque historique peinte, tout en étant invité dans le même temps à nager dans un peu d’abstraction et dans une louche de symbolique. Ingrédients qui, ici, ne rendent pas le plat indigeste.

Ne reste qu’a s’attacher aux interprètes, remarquables. Face à la désormais connue Vicky Krieps, experte à faire émerger des tourbillons intérieurs en une expression, Florian Teichtmeister brille, entre autres, en François-Joseph un peu las. Ses attitudes physiques apparaissent terriblement humaines, comme s’il se sentait de plus en plus terrien, de moins en moins au sommet de par son règne. On voit, à l’écran, un homme chanceler, face à une Sissi qui comprend peut-être mieux, elle, l’idée de « représentation ».

Ces chocs entre décors et natures très humaines des personnages permettent au film d’être plongé dans un climat assez passionnant, à la fois très vrai, très artistique, et très universel et évocateur. On sent que celle qui le signe s’est attachée aux bons aspects de l’histoire qu’elle voulait approcher, et tenter de relater.

Corsage sortira dans les salles de cinéma françaises le 14 décembre, distribué par Ad Vitam.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2022

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Visuel : © Alamodefilm

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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