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[BERLINALE] « Répertoire des villes disparues » de Denis Côté : Une histoire de fantômes

[BERLINALE] « Répertoire des villes disparues » de Denis Côté : Une histoire de fantômes

13 février 2019 | PAR Samuel Petit
Le réalisateur québécois revient à Berlin avec une adaptation délicate du roman de Laurence Olivier.
 
Dans un village de 215 habitants au fin fond du Québec enneigé, Simon, un jeune garçon meurt au volant de sa voiture. Suicide ou accident, telle est la question qui ébranle la communauté. Refusant toute aide psychologique extérieure, la maire du village (Diane Lavallée) soutient que la guérison leur appartient, et c’est ainsi que l’on observe Gisèle, la mère de Simon (Josée Deschênes) et Jimmy, son grand frère (Robert Taylor) dans leur deuil rendu plus hardi encore par le froid polaire et l’ennui omniprésent. Alors que la vie reprend difficilement son cours, une succession d’évènements étranges frappe le village. 
 
Denis Côté prend pour décor un lieu extrêmement isolé dans une oeuvre qui mélange les codes du film à frissons, du thriller psychologique et d’un film plus contemplatif. Dans cette communauté endeuillée, se joue davantage qu’un simple drame familial ; c’est la question existentielle, territoriale, sociétale d’un monde laissé derrière, déserté, livré à lui-même. Une question que la maire semble avoir résolue avec orgueil : elle joue le rôle de cheffe, de médecin, de confidente, tout pour maintenir le fragile équilibre de ce château de cartes dont une a été tragiquement retirée. 
 
Mais l’intrigue avançant, les signaux deviennent brouillés et on passe d’éléments ultra réalistes (la méfiance face à une médiatrice voilée venue de Montréal) à une tendance surnaturelle (des enfants au visages couvert d’un masque et autres apparitions). La jeune Adèle (Larissa Corriveau) est-elle une jeune Bernadette Soubirous sous psychotrope ou la victime esseulée d’un pays qui laisse mourir ses campagnes ? Se dessine alors une forme de fatalité, un monde qu’on ne peut quitter même au prix de sa propre mort – tous les villages du Québec semblent atteints de cette malédiction. Derrière le brouillard de l’hiver québécois, c’est une critique du repli sur soi qui apparait, acerbe. On retiendra aussi l’interprétation très juste et très fine des acteurs, notamment des scène cocasses entre Richard (Normand Carrière) et Louise (Jocelyne Zucco.)
 
Marie Levy
 
Bild: Lou Scambel
 
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